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Qui sont les travailleurs des plateformes numériques

Le BIT (Bureau International du Travail) a mené la première enquête mondiale sur les travailleurs des plateformes numériques. L’activité de ces derniers : des micro-tâches telles que vérifier des mots-clés, visiter des sites web ou encore répondre à des sondages en ligne. Décryptage de cette nouvelle forme d’activité.

Un peu plus de 33 ans. 33 ans et 2 mois précisément. C’est l’âge moyen des travailleurs des plateformes numériques aujourd’hui dans le monde entier. Quatre sur cinq sont des hommes et six sur dix sont des diplômés universitaires, niveau licence ou diplôme de troisième cycle. Ces données sont issues de la première enquête mondiale sur les conditions de travail sur les plateformes de micro-tâches. Leur travail ? Essentiellement des micro-tâches, toutes « les tâches minuscules qui ne peuvent pas encore être effectuées par des robots », comme le définit l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) : participation à des forums de discussion, vérification de mots-clés sur un produit en ligne, notation de vidéos ou d’articles, transcription de sons en texte, visite de sites web, réponse à des sondages en ligne (de loin la plus pratiquée), etc. Leurs employeurs ? Les grandes plateformes du numérique comme Amazon, Uber, Booking et bien d’autres. Le Bureau International du Travail a enquêté pendant deux ans pour comprendre les rémunérations, l’offre et l’intensité du travail, mais aussi les refus et le non-paiement, la communication du travailleur avec les clients et les opérateurs de la plateforme, la protection sociale et le type de travail effectué sur les plateformes numériques.

Une nouvelle forme de travail

Pourquoi ces gens travaillent-ils sur ces plateformes ? Deux raisons essentielles : « pour assurer un complément de rémunération » (le tiers) et « parce que je préfère travailler chez moi » (20%). Que gagnent-ils ? Relativement peu. Le BIT, qui a étudié le cas de 3 500 personnes sur cinq plateformes majeures, a constaté qu’en 2017, le gain moyen horaire était de 3,86 €. Ainsi, « près de deux tiers des travailleurs américains exerçant sur la plateforme Mechanical Turk d’Amazon gagnaient moins que le salaire minimum fédéral, qui s’élève à 6,32 €. Les travailleurs d’Amérique du Nord (4,1 €) et d’Europe et d’Asie centrale (2,62 €) gagnaient plus que les travailleurs des autres régions ».

En fait les travailleurs sur les plateformes gagnent peu et travaillent relativement peu (un peu moins de 25 heures par semaine). La grande majorité estime que l’offre de travail est insuffisante. Résultat : beaucoup essaient de travailler sur plusieurs plateformes en même temps (21% sur trois plateformes en même temps !), et les autres passent beaucoup de temps à chercher ailleurs : « Plus de 60% des participants à l’enquête ont aussi expliqué, selon le BIT, qu’ils souhaitaient travailler davantage en dehors du micro-travail numérique, ce qui dénote un haut niveau de sous-emploi ; 41% ont dit rechercher activement un travail rémunéré, autre que le micro-travail ». Et ils y sont d’autant plus poussés que pour 32% d’entre eux, ce micro-travail, pas très bien payé, est leur principale source de revenu.

Des conditions de travail précaires

C’est en fait un sombre tableau que dresse le BIT, puisqu’aux faibles rémunérations s’ajoutent des horaires très atypiques et l’absence de perspectives de carrière. Dans le premier cas 43% travaillent la nuit et 68% entre 18 et 22 heures. Dans le deuxième cas, les tâches les plus courantes (répondre à des enquêtes et participer à des expériences (65%), accéder aux contenus des sites internet (46%), collecter (35%) et transcrire (32%) des données) sont simples et répétitives et ne correspondent pas au niveau d’éducation élevé des travailleurs. La protection sociale est, enfin, pratiquement inexistante « inversement proportionnelle au degré de dépendance de l’individu au micro-travail – les travailleurs qui sont principalement tributaires du micro-travail sont plus susceptibles de ne pas être protégés. Environ 16% des travailleurs pour lesquels le micro-travail constituait la principale source de revenu étaient affiliés à un régime de retraite ».

Le BIT propose donc 18 recommandations pour un travail décent sur les plateformes, mais est conscient de la difficulté : « il ne faudrait pas sous-estimer les difficultés qu’il y a à réglementer le travail effectué sur des plateformes aux quatre coins du monde. Il n’existe actuellement pas de réglementation gouvernementale régissant les plateformes de travail numérique ; ce sont au contraire les plateformes elles-mêmes qui fixent les conditions de travail dans leurs conditions de service ».

1 https://www.ilo.org/global/publications/books/WCMS_645337/lang–en/index.htm

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