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Revue des Idées #1 : Pourquoi la reprise ne créera pas, ou trop peu, d’emplois

Emploiparlonsnet recense désormais régulièrement les analyses, idées ou rapports sur l’économie et l’emploi. Constat : début 2014 des Prix Nobel aux Organisations internationales, les appréciations sur l’évolution de l’emploi et du travail sont pessimistes. Un vrai pessimiste Eric Schmidt le président de Google. Et un éternel iconoclaste, Jacques Attali, mais un grand optimiste Bill Gates, le fondateur de Microsoft.

« La reprise mondiale est là, mais elle n’a rien de réjouissant ». C’est Joseph Stiglitzqui donne la tonalité de ce début d’année : maussade, franchement maussade. Dans Les Echos, le Prix Nobel d’économie assume le côté « lugubre » des économistes et explique qu’une « quantité disproportionnée des emplois créés aujourd’hui sont des emplois à bas salaires – au point que les revenus médians des ménages continuent à décliner. Pour la grande majorité des Américains, il n’y a pas de reprise économique – alors que 95 % des bénéfices profitent à 1 % de la population la plus riche… Avec la poursuite du grand malaise en Europe en 2014 et une reprise américaine qui exclut tout le monde, sauf les plus riches, je figure très certainement aux rangs des lugubres. Des deux côtés de l’Atlantique, les économies de marché ne répondent pas aux besoins de la majorité des citoyens ».
Pour aller plus loin : http://www.lesechos.fr/opinions/chroniques/0203259324724-la-reprise-mondiale-est-la-mais-elle-n-a-rien-de-rejouissant-645015.php
 
Le rapport de l’Organisation International du Travail sur les perspectives de l’emploi publié le 21 janvier va dans le même sens. « Le chômage mondial a augmenté de 5 millions de personnes en 2013 (près de 202 millions de per­sonnes au chômage dans le monde en 2013), et l’essentiel de la hausse mondial se situe dans les régions d’Asie de l’Est et d’Asie du Sud, qui représentent à elles deux plus de 45 % des nouveaux demandeurs d’emploi, suivies par l’Afrique subsaharienne et l’Europe. Et, selon les tendances actuelles, il augmentera encore de 13 millions d’ici à 2018… Au cours de cette période, environ 40 millions de nouveaux emplois vont être créés chaque année, ce qui est inférieur aux 42,6 millions de personnes par an qui devraient arriver sur le marché du travail. Le taux de chômage mondial devrait rester globalement constant au cours des cinq prochaines années ». Et, selon l’OIT, la croissance lente possible n’y changera quasiment rien.
Pour aller plus loin : http://www.ilo.org/global/lang–fr/index.htm
 
D’autres interventions tout à fait dans le sens de l’OIT et de Joseph Stiglitz : celle deChristine Rifflart qui sur le blog de l’Observatoire français des conjonctures économiques donne trois raisons pour lesquelles la reprise américaine ne crée pas d’emplois, mais surtout celle d’Eric Schmidt le PDG de Google, pas optimiste lui non plus. Au forum de Davos, il a estimé que les prochaines innovations technologiques pourraient éliminer des millions d’emplois, qui n’étaient pas automatisables jusqu’ici… Selon lui, l’accélération de l’innovation technologique sera l’un des plus importants problèmes auquel le monde sera confronté dans les 20 à 30 prochaines années. « C’est une course entre les ordinateurs et les hommes, et les hommes doivent gagner… Dans cette bataille, il est important que l’on trouve des emplois que seuls les humains accomplissent vraiment bien ». Son intervention devrait être mise en ligne sur le site du forum de Davos. La bonne nouvelle du forum de Davos vient d’un rapport fait par le forum, la fondation Ellen Mac Arthur et le cabinet McKinsey sur l’économie circulaireet son potentiel de créations de richesses et de nouveaux emplois dans le monde. L’économie circulaire étant celle qui recycle les déchets dans l’économie réelle.
Pour aller plus loin 
http://www3.weforum.org/docs/WEF_ENV_TowardsCircularEconomy_Report_2014.pdf (rapport disponible uniquement en anglais).
 
Mais la vraie bonne vient surtout de Bill Gates qui dans la lettre annuelle de sa fondation pour un monde meilleur explique pourquoi il n’y a aura plus une seule nation pauvre en 2035  et essaie de mettre à mal quelques mythes sur les nations pauvres.Sa lettre est en ligne sur le site de sa fondationet elle est très largement commentée par Henri Gibier sur son blog des Echos. On peut en tout cas préférer l’analyse de Bill Gates à celle franchement sinistre de Paul Jorion, qui depuis qu’il a annoncé la crise des subprimes et la catastrophe financière, s’est spécialisé dans le rôle du Cassandre. Fonds de commerce : tout va mal, tout va de plus en plus mal, quitte à reprendre de très vieilles antiennes un peu en dehors de ces champs de compétence, mais dont l’effet médiatique est toujours maximal. « Pourquoi l’emploi et le travail vont disparaitre » est la dernière version en date de la vieille peur de l’homme face à la machine et des phobiques du progrès technique.
 
Mais il y a aussi des pessimistes qui produisent des idées. Jacques Attali en est depuis longtemps le meilleur exemple. Dans une récente chroniquel’économiste, qui n’en est plus à un bris de tabous près, admoneste vertement les Universités : « il est urgent, si elles ne veulent pas disparaitre un jour du paysage de l’enseignement supérieur et professionnel, de s’occuper pleinement de la formation permanente, en l’assurant elles-mêmes ». Jacques Attali s’y insurge contre le fait que les universités ne font absolument rien pour permettre aux diplômés de remettre à niveau des acquis qui sont de plus en plus rapidement obsolètes. Et il veut mettre en place un système où les CV devront prendre en compte la réactualisation des compétences.
 
Egalement :
Le dossier de L’Express sur le « burn out » dû à l’excès de travail ou au travail compulsif (3 millions de personnes sont concernés en France selon le cabinet Technologia qui demande la reconnaissance du burn out comme maladie professionnelle, sur http://www.appel-burnout.fr/)

Dans Metropolitiques une analyse très fouillée des raisons pour lesquelles il semble de plus en plus difficile de réduire la congestion des transports aux heures de pointe. L’urbaniste Emmanuel Munch analyse les réflexions menées pour coordonner les horaires de travail à l’échelle des territoires. En explorant la désynchronisation des déplacements, elles visent à réduire la congestion aux heures de pointe à moindre coût. Sauf que prometteuses sur le papier, les expérimentations de terrain se heurtent à une réalité complexe et mouvante, marquée par des agendas quotidiens toujours plus individualisés.Et pourtant il suffirait de variations d’horaires de travail de 15 à 30 minutes pour décongestionner les transports en Ile-de-France en particulier.
 
Dans Paris Tech Review un très long et passionnant entretien avec Michel Berry le fondateur de l’Ecole de Paris du management. Il y explique pourquoi le management scientifique disparait, mais également pourquoi le monde industriel continue à survaloriser les méthodes standardisées venues de l’extérieur, au détriment des solutions souvent inventives développées à l’intérieur des entreprises. Il prône un changement d’approche et livre une vision beaucoup plus singulière du management. Il envisage le management « comme un art qui permet de dépasser ces contradictions », et ouvrant de nouvelles perspectives sur l’apprentissage et sur les critères de la réussite.
 
Dans Challenges le compte-rendu d’une enquête menée par Monster-GfK au Canada, en France, en Allemagne, en Inde, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, et dont la dernière livraison montre une surprenante différence entre Français et Allemands : les premiers ont un plan de carrière, les seconds non !
 
Dans La vie des Idées enfin, l’article de Nicolas Frémeaux « Inégalités : une crise pour rien ? ». L’économiste montre que, faute de réaction politique, la crise ouverte en 2008 qui aurait pu jouer un rôle de révélateur sur l’inégalité des richesses dans le monde, risque d’être sans conséquence quant à la question de la distribution des richesses. Quelle que soit son ampleur, une crise économique n’a que des effets temporaires sur la distribution des richesses. Seuls des changements institutionnels majeurs peuvent enrayer la croissance tendancielle des inégalités.
 
Jean-Pierre Gonguet

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