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Revue des idées #14 : Quelques vérités bonnes à dire ?

Jean Tirole dénonce les blocages français sur le marché du travail, Jacques Attali étrille Jeremy Rifkin et trois chercheurs remettent les idées en place sur le télétravail. Revue des Idées #14.

Il n’y a pas de Tirolemania comme il y a une Pikettymania, mais l’hebdomadaire économique Challenges y travaille. Il l’a suivi à Stockholm pour la remise de son Nobel, mais a surtout publié un long entretien avec le patron de l’école d’économie de Toulouse. Il y revient assez longuement sur le rapport qu’il a écrit il y a plus de 10 ans avec Olivier Blanchard où ils avançaient son idée d’un contrat de travail unique qui n’a jamais eu de suite. Pour lui c’est « un bon exemple de blocage français. Ce rapport n’est qu’un exemple dans une longue liste de rapports sur le même sujet, dont celui de Cahuc et Kramarz. Il existe également un grand nombre d’autres rapports sur l’éducation et la formation, sur l’entrée dans le marché du travail ou sur le service public de l’emploi. Tous ont analysé les causes du chômage en France et ont proposé des solutions. Il y a un quasi-consensus chez les chercheurs reconnus internationalement sur le système français comme machine à créer de l’exclusion et du chômage. Et pourtant, la situation française continue de se dégrader. La réponse de tous bords depuis de nombreuses années a été de sauver provisoirement à coups d’écope un navire qui prend l’eau de toute part : emplois aidés, utilisation des CDD, sortie de chômeurs des statistiques du chômage… » Le constat est d’autant plus rude que Jean Tirole en profite pour souligner très fortement chez les politiques et les médias, donc chez les citoyens, « le manque de culture économique très coûteux pour notre nation. Beaucoup de nos concitoyens (et les médias avec eux) se focalisent sur le drame (réel !) de victimes identifiables d’un licenciement collectif en oubliant celui d’un nombre bien supérieur de chômeurs, anonymes ceux-là, qui sont victimes de la non-création d’emplois, et donc du système ».

Manque de culture économique chez Jeremy Rifkin également. L’auteur de « La Troisième révolution industrielle » et du récent « La société du coût marginal zéro », l’apôtre de l’économie de l’échange et du partage s’est en tout cas fait étrillé par Jacques Attali dans un débat auquel participaient également Clara Gaymard et Jean Marc Daniel (« Internet va-t-il tuer le capitalisme ? »). Jacques Attali connait bien Jeremy Rifkin, mais le mardi 25 novembre à la Maison des Arts des Métiers, l’économiste n’était pas d’humeur à supporter les approximations et « les idées d’avant-hier » du prospectiviste américain. Cette exécution (avec un zeste de mauvaise foi, il est vrai) est un joli moment et elle est en ligne.

Manque de culture économique et sociologique chez les partisans du télétravail également ? Peut-être. Mais dans un long article (Le télétravail : sortir de l’impasseAnne AguiléraVirginie Lethiais et Alain Rallet, font le point sur le phénomène (6). Premier constat : il ne décolle pas vraiment. Les trois chercheurs (qui ont également publié cette année une étude dont le titre dit beaucoup « Le télétravail : un objet sans désir ») montrent que les entreprises en ont aussi peu envie que les salariés : « 88 % des entreprises non pratiquantes déclarent que la présence des salariés dans l’entreprise est nécessaire, tandis que 93 % des salariés déclarent que leur métier ne leur permet pas le télétravail. Les entreprises avancent la nécessité de modifier leur organisation pour rendre possible le télétravail. Ainsi, 58 % de l’ensemble des entreprises le déclarent, mais… seulement 7,8 % des firmes pratiquantes ont procédé à une réorganisation de l’organisation du travail ». Idem pour les salarié auprès desquels « les avantages traditionnellement avancés du télétravail n’emportent pas non plus la conviction des salariés : 2,5 % d’entre eux citent la réduction des coûts de déplacement comme motivation, 12,5 % y trouvent un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, et 22 % se déclarent plus efficaces ». Bref, ça ne fonctionne pas. Cela peut-il changer ? Peut-être, si l’on s’y prend autrement expliquent-ils car « il convient de modifier la perspective dans laquelle le télétravail a été historiquement tenu. Deux erreurs ont été commises. La première a été d’en faire une politique volontariste se heurtant d’emblée à des obstacles structurels. La seconde imprègne le télétravail depuis ses origines dans les années 1970 : en faire un substitut aux déplacements… Le télétravail a un avenir si les individus en font leur affaire et créent ainsi une dynamique; et s’il est conçu comme une forme de gestion de leurs mobilités plutôt que comme une substitution à leurs déplacements ».

Peter Hartz enfin. L’Allemand qui a inspiré toutes les réformes du travail du Chancelier Gehrard Schröder fait une seconde carrière en France avec ses théories. La plus célèbre est celle qu’il a mise en place dans Hartz 4 (son quatrième plan de réforme en Allemagne) : n’importe quel travail, même le plus mal payé, vaut mieux que pas de travail du tout. Elle inspire toujours dix ans après les stratégies publiques allemandes en matière d’emploi.

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Jean-Pierre Gonguet

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