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Marché du travail

Salariat ou indépendance : que veulent vraiment les jeunes ?

Entre besoin d’accomplissement et recherche d’autonomie accrue, le rapport au travail des Millenials n’a pas fini d’être scruté à la loupe et d’alimenter les débats. Repères.

Que recherchent exactement les jeunes au travail ? En entreprise, on les dit impatients, peu respectueux des hiérarchies, « zappeurs », etc. Ils sont devenus l’obsession des DRH en quête de « hauts potentiels ». En Europe, 40% des jeunes de 18 à 25 ans se disent intéressés par le travail indépendant (1). Mais, combien franchissent le pas et créent leur entreprise ? Selon l’Insee, ils étaient 183 000 en France à faire ce pari audacieux en 2016. Rapporté aux huit millions de jeunes de 20 à 30 ans, cela représente 1 sur… 42 !

Entreprise, je t’aime moi non plus

Dans une note (2), l’IFOP s’est intéressé récemment au regard que portent les jeunes sur leur situation professionnelle et sur leur engagement à l’égard du monde de l’entreprise. De manière générale, 76% des salariés de moins de 30 ans se disent satisfaits de leur situation professionnelle, score supérieur de 4 points à celui constaté auprès de l’ensemble des salariés (72%). Dans son enquête 2017 « les Millennials et le travail : l’entreprise au défi », le groupe de formation Cegos note de son côté que « pour 64% des jeunes, la rémunération est la raison première et incontournable du travail, loin devant l’épanouissement personnel ». « Avec le contenu de la mission, la rémunération reste depuis 2012 le premier facteur d’attractivité d’un poste », précise Christophe Perilhou, directeur d’Activité Conseil et Formation sur-mesure du groupe Cegos. « Pragmatiques et lucides », selon lui, « les jeunes cherchent des réponses immédiates pour gagner vite et bien leur vie, développer leurs compétences qui sont gages d’employabilité à défaut de sécurité d’emploi ». 78% des Millennials se disent par ailleurs confiants dans l’avenir de l’organisation qui les emploie. « Ils ont une réelle confiance dans la capacité de leur entreprise à faire face aux défis d’un monde volatil, incertain, complexe et ambigu et à mener la transformation digitale », poursuit Christophe Perilhou. Pourtant, 48% des jeunes sont prêts à quitter leur emploi actuel à court ou moyen termes. « Les Millennials ne sont probablement pas des zappeurs proactifs. Ils sont sensibles à ce qui peut se présenter à eux et sont dans une nouvelle forme de contrat moral, estime Christophe Perilhou. Ils s’engagent si tout va bien mais sont aussi prêts à explorer d’autres perspectives si l’opportunité se présente. »

Des velléités d’indépendance accrues

Si le salariat reste la règle pour 90% des actifs, l’esprit entrepreneurial fait petit à petit son chemin parmi les jeunes. Selon l’Insee, la part des moins de 30 ans parmi les créateurs d’entreprises individuelles augmente : elle est de 37% en 2017, contre 35% en 2016. En Europe, les jeunes Français rêvent davantage d’entrepreneuriat que les autres. Une étude produite en 2017 par YouGov pour Monster auprès de 1000 personnes de plus de 18 ans en poste dans quatre pays dont la France (Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas) révèle que 47% des jeunes Français affirment vouloir créer leur propre entreprise. C’est beaucoup plus que dans les autres pays considérés : seuls 30% des Anglais y pensent, contre 31% des Allemands et 37% des Néerlandais.
Les jeunes Français aspirent à davantage d’indépendance : la moitié d’entre eux affirment que s’ils avaient le choix, ils opteraient pour un statut de freelance. Une donnée qui se vérifie dans les statistiques de l’Insee : en 2017, la part des moins de 30 ans est plus élevée chez les micro-entrepreneurs (51%) que chez les créateurs d’entreprises individuelles classiques (23%).

La création d’entreprise : choix ou contrainte ?

Pour Anne Eydoux (3) du Centre d’études de l’emploi, « les transformations des trajectoires des jeunes ne sont pas le résultat du comportement renouvelé d’une « génération Y » jalouse de son temps libre, méfiante vis-à-vis de l’emploi classique et préférant multiplier les expériences courtes », mais plutôt celui des réformes structurelles du marché du travail engagées depuis le début des années 90 et qui « ont eu de très visibles conséquences sur la qualité des emplois salariés et sur les trajectoires professionnelles, en particulier celles des jeunes ». « Le développement d’alternatives au salariat serait avant tout la conséquence logique des fortes contraintes qui pèsent aujourd’hui sur le marché du travail », avance de son côté Cécile Campy (4), directrice adjointe de l’Association Nationale des Groupements de Créateurs (ANCG). Parmi l’ensemble des entreprises créées par des jeunes en 2014 (135 000), 62% sont sous le régime de la micro-entreprise ; c’est plus fréquent que chez leurs aînés (48%). La part des micro-entrepreneurs est d’autant plus importante que les créateurs sont jeunes : 72% des moins de 25 ans et 57% des 25-29 ans. « Les jeunes s’adaptent aux évolutions du marché de l’emploi et choisissent ce régime afin d’accéder à un emploi, voire à leur premier emploi », conclut Cécile Campy.

(1) Enquête de l’équipe Eurobaromètre de la Commission européenne en 2009, Synthèse sur l’entrepreneuriat des jeunes. L’activité entrepreneuriale en Europe, OCDE/Union européenne, 2012.

(2) Enquête Ifop pour Monster / Hopscotch menée en mars 2018 auprès d’un échantillon représentatif de 1002 actifs.

(3) Anne Eydoux, Réformer la solidarité sans renoncer à l’emploi, contribution écrite au débat organisé par France Stratégie le 10 mai 2016 sur « Nouvelles formes de travail et de la protection sociale des actifs »

(4) Cécile Campy, « L’entrepreneuriat : antidote au chômage des jeunes ? », Cahiers de l’action 2014/1 n° 41.