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Santé au travail : l’organisation du travail déterminante

Le travail fait parfois mal. Si les contraintes physiques restent fortes pour les professions manuelles, les contraintes psychologiques progressent pour tous.

Le travail – et son absence – structurent largement nos vies. Mais aussi notre santé, physique et psychologique, comme en témoigne le drame des maladies liées à l’amiante ou la multiplication des troubles musculo-squelettiques (TMS) mais aussi des cas de burn-out et de harcèlement. 
 
D’où l’intérêt de mieux cerner les risques professionnels pour que les emplois si désirés ne deviennent pas des « corvées » dangereuses et dans lesquelles, en conséquence, le salarié ne s’implique plus. In fine, la santé au travail conditionne  la performance des entreprises.  
 
Depuis 1987, la Direction générale du travail (DGT) et la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES)  pilotent les vastes enquêtes Sumer (Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels) dont la plus récente – de 2010 – vient d’être analysée par la DARES (PDF, 7,22 Mo). Réalisée par des médecins du travail auprès de quelque 48 000 salariés du privé et certains secteurs de la fonction publique, l’enquête Sumer est l’une des plus exhaustives que l’on puisse trouver sur ces sujets.
 
 
Les métiers manuels toujours plus pénibles 
 
Les ouvriers restent les plus exposés aux contraintes physiques intenses : ils sont entre 60 et 82 % à connaître au moins une contrainte  telle que la position debout prolongée, la manutention manuelle régulière, les gestes répétitifs, les vibrations, les contraintes posturales marquées… contre 38 % pour l’ensemble des salariés et seulement 10,2 % pour les cadres.
 
Cependant, certains métiers du tertiaire – coiffeurs,  bouchers, charcutiers, boulangers, maraîchers, jardiniers, viticulteurs, caissiers, aides à domicile, aides ménagères et aides-soignants, affichent aussi des conditions de travail physiquement difficiles.
 
Souvent, ces métiers cumulent les facteurs de pénibilité : le bruit élevé – très fréquent chez les ouvriers – et les risques chimiques, très répandus dans la réparation automobile, le travail du métal, du bois, le BTP, les coiffeurs, les aides ménagères, etc.
 
Traditionnellement, les cadres et professions intermédiaires jouissent d’une plus large autonomie qui compense de plus grandes responsabilités. Pourtant, cadres et professions intermédiaires (PDF, 206 Ko) voient leur « latitude décisionnelle » baisser de 3 % entre 2004 et 2010, alors qu’elle augmente légèrement pour les ouvriers. Comme, paradoxalement, la demande psychologique progresse (autrement dit, la charge mentale qu’engendre l’accomplissement des tâches) pour toutes les professions, le nombre de salariés en situation de « tension au travail » augmente nettement.
 
Détendus, passifs ou actifs 
 
« Détendus »,  « passifs », « actifs », « tendus » : en croisant l’intensité de la demande psychologique adressée à un métier et la latitude d’action de celui qui l’exerce, les professions se répartissent sous l’un de ces quatre qualificatifs.
 
Les « détendus » reçoivent peu de demande psychologique et bénéficient d’une large autonomie : les coiffeurs, par exemple, ou encore les  métiers de l’agriculture.  Les « passifs » n’ont guère d’autonomie, mais peu de demande psychologique : les gardiens et agents de sécurité, les techniciens de certaines industries.
 
Les « actifs » ont beaucoup de responsabilités et disposent d’une large marge de manœuvre pour y faire face (mais une marge de moins en moins large). Ce sont les cadres, chercheurs, infirmiers et sages-femmes, médecins salariés du privé, etc.
 
Les « tendus » exercent, eux aussi, de lourdes responsabilités, mais ont peu d’autonomie : techniciens et employés de la banque et de l’assurance par exemple.
 
Le plaisir au travail, fruit d’une reconnaissance sociale 
 
In fine, la DARES distingue huit familles de métiers partageant des conditions de travail communes.  Preuve que l’aspect psychologique est souvent déterminant : deux d’entre elles connaissent des conditions de travail physiquement risquées, cumulant contraintes physiques, exposition au bruit, risques chimiques, etc… . L’une (ouvriers de la manutention, des industries de process, de la métallurgie, de la mécanique, du bois, de l’électricité, de l’électronique, …) se sent précaire – avec beaucoup d’intérimaires -, méprisée, avec peu de possibilités de promotions, et vit mal ces mauvaises conditions.
 
L’autre, au contraire, affiche une satisfaction au travail plutôt supérieure à la moyenne. Ce sont les ouvriers du BTP, de la réparation automobile, les coiffeurs-esthéticiens.  Car ils bénéficient d’un soutien social important, sont peu exposés à des comportements hostiles, et jugent leurs perspectives de promotion satisfaisantes. Plus souvent, ils travaillent dans des PME de moins de 50 personnes.  Les premiers, en revanche, travaillent plus souvent dans de grandes entreprises.
 
La violence au travail, résultat de mauvaises conditions de travail 
 
Et de fait, 22 % des salariés estiment subir des comportements hostiles sur leur lieu de travail, provenant essentiellement de l’intérieur de l’entreprise, plus que des clients par exemple.  Les jeunes, les étrangers venant d’un pays situé hors de l’Union européenne, mais aussi les salariés du secteur public à statut, se sentent plus souvent maltraités que les autres.
 
Mais ces comportements sont le plus souvent, révèle l’enquête, le fruit direct de l’ organisation du travail. Ils ont en effet plus souvent lieu dans des contextes où les salariés manquent d’autonomie, et où l’intensité du travail est élevée.  Comme si leurs collègues éprouvaient le besoin de « se défouler » des tensions accumulées. Avec des conséquences : plus souvent que les autres, ces actifs victimes de comportements hostiles sont absents du travail. Autrement dit, la mauvaise santé psychologique a un prix ! 

Catherine Bernard– Slate.fr

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