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Marché du travail

Santé & sécurité au travail : mieux vaut prévenir que guérir

Si la préoccupation pour de bonnes conditions de travail progresse en entreprises, favoriser une culture de prévention plus que de « réparation » est une nouvelle manière d’aborder le sujet, à renfort de mesures qui devraient changer la donne dans les prochaines années.

Porter un regard sur la santé et la sécurité des Français au travail, c’est prendre conscience des nombreux défis à relever par les entreprises de toutes tailles en matière de qualité de vie de leurs collaborateurs. Véritable enjeu social et économique, la crise sanitaire l’a remis en lumière, soulevant de nouveaux facteurs de prévention et leviers d’actions à intégrer à leur politique managériale. Pourtant, seuls 15 % des salariés constatent une implication de leur entreprise pour améliorer la qualité de vie au travail (QVT), indique le baromètre BVA-BPI sur la santé et le bien-être au travail des salariés français en 2019, précisant que 28 % avouent avoir rencontré des difficultés de santé au cours des 12 derniers mois, et vécu le stress au travail (38 %).

Une pluralité de risques

Aujourd’hui, la santé des salariés ne s’entend plus seulement comme une obligation pour l’employeur de garantir la sécurité physique des salariés (accidents du travail, maladies professionnelles, chroniques…). Elle intègre désormais la protection de tous les risques auxquels un collaborateur pourrait être exposé dans son activité. Et notamment la protection des risques psychosociaux tels que le burn-out, l’hyper-connexion, etc.

Selon la Dares, 10 % des salariés estiment faire face à une situation de travail néfaste pour leur santé, surexposés à des risques physiques, organisationnels ou psychosociaux, soulignant le caractère polymorphe et multisectoriel de ce sujet résolument d’actualité.

Pour rappel, sur l’ensemble des risques référencés aujourd’hui, les troubles musculo-squelettiques (TMS) comptent pour 87 % des maladies professionnelles, suivis par l’exposition aux risques chimiques et les risques psychosociaux (RPS), sans oublier la multiplicité des impacts directs et indirects liés à la pandémie de Covid-19, qui a mis en exergue le rôle crucial des protocoles de santé et de sécurité afin de ralentir la propagation du virus, tout en protégeant les travailleurs et la société dans son ensemble.

Dépoussiérer les process d’évaluation

Si l’employeur est directement responsable de la sécurité et de la protection de la santé de ses équipes, la participation active de spécialistes aux actions de prévention et de protection (INRS, médecins du travail, inspection du travail, intervenants spécialisés…) mais aussi des collaborateurs et leurs représentants (CSE, RP, CSSCT, DS…) rappelle que le sujet est bien l’affaire de tous. Le DUERP (Document unique d’évaluation des risques professionnels), qui en est le socle commun par sa fonction d’inventaire et d’évaluation des risques, profite depuis peu d’un dépoussiérage en règle, dans le cadre de l’accord national interprofessionnel (ANI) du 9 décembre 2020 portant sur la santé au travail, lui-même repris par une proposition de loi.

L’objectif ? « Remettre la prévention primaire (en amont de l’émergence du risque) au cœur de l’entreprise », décrètent ainsi les pouvoirs publics, pour évoluer d’une logique considérée jusque-là essentiellement curative, vers une culture préventive. Se positionner à la source passera en outre par plus de sensibilisation des organisations vers de nouveaux modes managériaux, ou encore la mise en place de mesures de protection de salariés, via notamment la formation.

Des mesures pour bousculer les codes

En prévision de son adoption définitive par le Sénat en mars 2022, la loi sur la santé au travail laisse déjà présager d’avancées notables concernant la traçabilité collective de l’exposition aux risques professionnels (notamment chimiques), mais également la prise en compte de la QVT comme facteur de santé individuel pour les salariés et comme levier de performance pour l’entreprise.

Parmi les mesures phare ont été établis le renforcement du DUERP, une collaboration accrue entre médecine du travail et médecine de ville, la création de « cellules » chargées d’éviter « la désinsertion professionnelle » (via l’accompagnement des personnes vulnérables ou en situation de handicap via le CPF notamment), le suivi des travailleurs non-salariés et des chefs d’entreprise, l’instauration d’une visite médicale de mi-carrière professionnelle à partir de 45 ans, ou encore la réorganisation de la gouvernance de la santé au travail, en élargissant les conditions dans lesquelles le médecin du travail peut déléguer une partie de ses missions à d’autres membres de l’équipe de santé et en renforçant le pilotage national.

Le « passeport prévention » pour encourager la formation

Grande nouveauté, un « passeport prévention » pour tous les salariés, apprentis et possiblement les demandeurs d’emploi devrait également voir le jour sur la plateforme Mon Compte Formation, visant à lister toutes les formations (dont les formations obligatoires) et les certifications obtenues par le travailleur en matière de sécurité et de prévention des risques professionnels. Une manière d’encourager la formation, la prévention et le suivi de parcours chez les salariés, en droite ligne de la prévention primaire. Sur amendement des députés, ce passeport sera intégré dans le passeport d’orientation, de formation et de compétences qui doit se déployer en 2021.

À ce titre, pour chaque branche, l’ANI propose la conception d’un module de formation de base, tandis que les autres formations plus spécifiques seraient prises en charge par les entreprises elles-mêmes. De leur côté, les organismes de formation auront un rôle à jouer dans l’accompagnement des branches, et la mise en place de méthodes et d’outils d’évaluation spécifiques. Embryonnaire, le projet nécessite encore de voir ses contours peaufinés et harmonisés, pour convaincre et engager toutes les parties prenantes.

S.T.

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