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Santé : Vers un suivi connecté des patients ?

Un assistant médical assurant le suivi de la santé des patients au quotidien, du pré-diagnostic aux propositions thérapeutiques ? Pour devenir réalité, ce scénario devra encore lever quelques freins, réglementaires et éthiques notamment.

Pilulier intelligent, glucomètre connecté, masque respiratoire pour surveiller les apnées du sommeil… En France, les outils de santé utilisant l’intelligence artificielle (IA) sont déjà présents dans le quotidien de certains patients et s’intègrent dans une prise en charge globale. Selon un récent rapport de France Stratégie (*), « avec le développement de l’intelligence artificielle, les objets de santé connectés ouvrent des perspectives nouvelles en matière de suivi des patients ». Ainsi, des plateformes de suivi de patients à distance, en ville comme à l’hôpital, pourraient permettre de prédire les risques d’exacerbation d’une maladie inflammatoire telle que l’asthme, de détecter une rechute de cancer du poumon ou de personnaliser le traitement d’un diabète. « En chirurgie, de nouvelles générations à base d’intelligence artificielle sont en train d’émerger, avec une autonomisation accrue par rapport au chirurgien », notent les auteurs du rapport. C’est le cas de Star (Smart Tissue Autonomous Robot), un robot qui ne se substitue pas complétement aux chirurgiens spécialisés mais met à leur disposition un outil capable d’une plus grande précision dans la réalisation de certains gestes comme les sutures.

L’IA au service de la dépendance

Au Japon, des robots sont déjà expérimentés pour assister les personnes dans leurs activités quotidiennes, les aider à se déplacer, à passer du fauteuil au lit et inversement. Pour les auteurs du rapport, « les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes pourraient être équipés de ce type de robots dans quelques années ». Ainsi, le robot Paro qui réagit à son nom, aux compliments et au toucher est le plus utilisé dans les services gériatriques du monde entier. « Pour les aides-soignants et les infirmières, l’intégration de ces machines représenterait une diminution de la pénibilité physique et psychique de leur activité », estiment les experts de France Stratégie.

« En chirurgie, de nouvelles générations à base d’intelligence artificielle sont en train d’émerger, avec une autonomisation accrue par rapport au chirurgien »

Un meilleur accès aux soins

L’IA pourrait devenir une nécessité également du fait de la démographie médicale. Selon les projections de la DREES (1), les prochaines années seront en effet marquées par une relative stagnation des effectifs de médecins – généralistes comme spécialistes – et par des hausses assez soutenues des effectifs de masseurs-kinésithérapeutes, sages-femmes et infirmiers. « La démographie vieillissante des médecins conjuguée aux aspirations des jeunes générations concourt à une diminution probable des effectifs et du temps de médecin libéral dans les prochaines années », notent les experts de France Stratégie. Cette situation pourrait-elle engendrer un accroissement des inégalités territoriales d’accès aux soins ? Selon les experts de France Stratégie, la rareté des ressources médicales, dans un contexte de croissance des besoins de santé, est, au contraire, « propice au développement de solutions innovantes ». C’est d’ailleurs en partie pour un meilleur accès aux soins sur le territoire que la télémédecine par exemple est soutenue en France.

La France, mauvais élève ?

Reste que la France a été classée par le Pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques (PIPAME) comme un État « moyennement avancé » dans son déploiement de l’e-santé, par comparaison avec une dizaine de pays. De son côté, la Cour des comptes a montré la difficulté pour la France d’intégrer les TIC dans le système de santé : faiblesse du déploiement de la télémédecine (en trente ans d’existence, elle ne représente que 0,3% des consultations en 2015), échec du déploiement du dossier médical partagé (en 2016, moins de 1% de la population aurait un DMP, lancé en 2004), faible utilisation des messageries sécurisées (30% des médecins libéraux les utilisaient en 2016) ou encore absence de prescriptions dématérialisées.
Selon les experts de France Stratégie, « les nouveaux outils seront adoptés s’ils réduisent le risque d’erreur, accélèrent le processus de prise en charge, améliorent les pratiques des médecins et sont simples d’utilisation ».

(*) Intelligence et travail, Rapport à la ministre du Travail et au secrétaire d’Etat chargé du numérique, mars 2018
(1) Portrait des professionnels de santé, Barle M. et Marbot C., collection Panoramas de la Drees-Santé, avril 2016.

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