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Marché du travail

La nécessaire construction d’un référentiel partagé de compétences transversales – Entretien avec Frédéric Lainé

Frédéric Lainé de Pôle emploi a étudié les nouvelles possibilités de mobilité professionnelle en fonction des compétences acquises. Ces dernières, acquises dans un métier, facilitent le passage vers un métier différent, mais aux compétences identiques.

« Savoir manipuler des petits objets est une compétence. Mais ce n’est pas parce que l’on sait manipuler des petits objets que l’on peut devenir chirurgien ». (Frédéric Lainé)

Toutes les compétences ne sont pas transférables d’un métier à l’autre, mais beaucoup le sont, explique Frédéric Lainé, de la direction des statistiques, études et évaluation de Pôle emploi. Il vient de produire pour France Stratégie une enquête innovante sur les situations de travail transversales et les compétences.

« Nous nous sommes dit que, pour apprécier la maille de la compétence, le plus simple était de regarder ce que faisaient réellement les gens dans leur travail en décortiquant leur situation de travail, d’en déduire les compétences que cela supposait, puis de repérer les situations de travail à peu près identiques dans des métiers différents ».

Il a travaillé à partir de l’enquête Conditions de travail de la DARES (2013), qui a le mérite de poser des questions extrêmement factuelles sur les situations de travail solitaires ou en équipe. Il en a dégagé 16 situations de travail qui vont du contact avec le public à l’utilisation d’outils informatiques, en passant par le travail en équipe, la conduite d’un véhicule ou le travail sous pression. Il a ensuite fait émerger quatre grands types de postes : les postes relevant d’un travail autonome peu formalisé, qui s’opposent aux postes de type taylorien ; les postes relevant d’un travail autonome mais régulé par des objectifs, qui s’opposent à des postes où le travail est répétitif mais de type artisanal. « Ensuite, si l’on associe à chaque situation de travail des compétences transversales, on peut classer les métiers selon le fait qu’ils font plus ou moins appel à chacune de ces compétences, et définir ainsi des proximités entre métiers en fonction des compétences transversales mobilisées », commente Frédéric Lainé. Il a ainsi obtenu une cartographie de 75 familles de métiers, à l’aune des compétences transversales qu’elles requièrent. Exemple ? Le coiffeur, l’aide-soignant et l’enseignant ont en commun l’importance du contact avec le public. De l’infirmier à l’enseignant, en passant par les professionnels de l’action : la capacité à maitriser ses émotions et prendre du recul. Quant à la réactivité, elle concerne quasiment autant un technicien de la banque qu’un chef d’entreprise ou un employé de la restauration.

Là où la proximité des compétences transversales requises est forte, les transitions professionnelles entre métiers sont plus fréquentes

Restait ensuite à mélanger cela avec les mobilités, dont les données sont tirées de l’enquête Emploi de l’Insee sur 2005-2015 qui identifie en première approximation quatre aires de mobilités entre métiers (entre des métiers manuels/techniques, entre des métiers de services, entre des métiers du tertiaire administratif, entre des cadres techniques et des techniciens). L’approche montre en fait que là où la proximité des compétences transversales requises est forte, les transitions professionnelles entre métiers sont plus fréquentes. Par exemple, entre les métiers de caissiers, de vendeurs et ceux d’employés de l’hôtellerie-restauration, ou encore entre des attachés commerciaux et les professionnels de la communication.

Sur les 16 situations de travail identifiées, 11 contribuent significativement à augmenter les probabilités de transition entre métiers. Certaines dimensions jouent davantage sur les transitions qui s’effectuent au sein d’une même entreprise (travailler en équipe), d’autres sur les transitions d’une entreprise à l’autre comme « devoir examiner de petits objets ou des détails fins » ou « utiliser des outils informatiques ». Bien sûr, la proximité de situations de travail transversales n’explique pas tout des flux de mobilité entre métiers. Il y aussi les compétences spécifiques communes entre métiers ou la localisation territoriale, mais l’étude devrait permettre la mise en œuvre de politiques de sécurisation des parcours professionnels tout au long de la vie.

« La reconnaissance des compétences peut sécuriser les parcours professionnels des moins diplômés »

« Si chaque famille de métiers se trouve positionnée sur une grille de compétences transversales qui se révèle pertinente en pratique _puisqu’elle permet de rendre compte en partie des transitions professionnelles observées_ les parcours professionnels vont en être simplifiés, commente Frédéric Lainé. Une telle démarche, si elle aboutissait à la construction d’un référentiel partagé de compétences transversales, contribuerait sans doute à améliorer les processus d’appariement. Cela va servir en matière d’orientation, cela servira à objectiver les compétences acquises mises dans les CV, comme cela permettra d’objectiver les compétences dont l’entrepreneur a besoin. La nouveauté réside peut-être dans le fait que, pour les populations les moins diplômées, les compétences transversales ainsi identifiées apparaissent comme un signal d’employabilité susceptible de compenser leur faible qualification, donc d’accroître la confiance des recruteurs. Leur reconnaissance devrait permettre de mieux sécuriser les parcours professionnels de personnes en difficulté sur le marché du travail, surtout si elles font l’objet d’une certification ».

Les compétences transversales identifiées grâce au référentiel de compétences apparaissent comme un signal d’employabilité susceptible de compenser la faible qualification des populations les moins diplômées

Sécuriser les parcours professionnels grâce aux compétences transversales