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Start-up : une nouvelle « famille » d’entreprises

Créativité et grande capacité de résilience : ce sont deux des critères essentiels de recrutement des startuppeurs par l’accélérateur de croissance The Family. Échange avec Alice Zagury, l’une de ses co-fondatrices, sur les évolutions de l’environnement et des profils des créateurs de start-up.

Alice Zagury est, avec Nicolas Colin et Oussama Ammar, une des fondatrices de The Family, un accélérateur de croissance pour les start-up du numérique. En cinq ans, elle a accompagné 500 start-up dans leur développement. 230 d’entre elles sont toujours vivantes et beaucoup extrêmement profitables. En 2013, lorsque les trois fondent ce lieu d’accompagnement privé, l’environnement pour les start-up est encore un peu toxique, et l’idée est de créer une sorte de famille numérique ou chaque projet puisse grandir avec sa propre personnalité, les outils adaptés et un accès au capital : « En 2013, tout le monde pouvait avoir les informations nécessaires et utiles pour créer son entreprise, explique Alice Zagury, mais rien n’était mis dans le contexte, rien n’était vraiment adapté à chaque cas particulier. Nous, on travaillait au plus proche, avec des exemples très précis. C’est gratuit, on prend simplement 1% du capital ». Et puis, le mouvement de créations d’entreprises dans le numérique s’est accéléré, l’environnement s’est amélioré, les attentes des startuppeurs ont changé et The Family a fait évoluer ses méthodes.

« Il vaut mieux arriver avec un projet un peu formalisé mais être prêt à évoluer et en changer qu’avec un business plan. »

Qui est le startuppeur aujourd’hui ?

Le profil du startuppeur n’a pourtant guère évolué. C’est toujours un profil masculin et élitiste. « Aujourd’hui, nous avons toujours aussi peu de femmes créatrices d’entreprise, même si nous en avons de plus en plus qui veulent travailler dans les start-up et nous sommes toujours dans un environnement un peu élitiste. Si la part de diplômés a vraisemblablement un peu diminué, le diplôme est toujours essentiel. S’il faut lever des fonds, on prête toujours beaucoup plus facilement à un diplômé qu’à un non diplômé, commente Alice Zagury. Cela dit, le diplôme est quand même de moins en moins différentiant et l’on voit de plus en plus apparaître des startuppeurs sans les qualifications classiques comme celles des écoles de commerce ».

Avec sa base-line : « Anyone can be an entrepreneur », et sa méthode Koudetat, The Family a eu en fait un impact assez fort sur l’environnement des start-up. Koudetat est une série de vidéos de formations à la création d’entreprise que The Family a lancé il y a 5 ans et qui ont déjà été vues 5 millions de fois. « Aujourd’hui les startuppeurs qui débarquent chez nous les ont vues. Nous parlons donc déjà tous le même langage, on se comprend immédiatement. Et surtout, ils ont compris quelque chose d’essentiel pour nous : il vaut mieux arriver avec un projet un peu formalisé mais être prêt à évoluer et en changer qu’avec un business plan. Ceux qui arrivent avec un business plan à trois ans, comme si tout était planifiable, c’est rédhibitoire tellement cela montre qu’ils n’ont pas un esprit d’entrepreneur. Ce qui compte, c’est la créativité, la capacité à imaginer ».

La résilience comme qualité suprême

Mais ce qui compte par-dessus tout, c’est la capacité de résilience : « tout l’intérêt de The Family, c’est quand le projet va se casser la gueule et qu’il faut rebondir sur autre chose. Je pense que c’est sa qualité essentielle. L’une de nos start-up qui marche le mieux aujourd’hui, c’est Trusk. Elle s’est spécialisée dans la livraison en moins d’une heure. Elle marche très bien, mais les fondateurs étaient partis sur une start-up spécialisée dans le stockage et sont repartis plusieurs fois en faisant évoluer leur idée jusqu’à trouver la bonne ». Comme le dit en souriant Alice Zagury : « personne ne raconte jamais tout ce que l’on a foiré avant d’en arriver à la bonne idée », alors que c’est peut-être, pour elle, le plus intéressant.

FOCUS STATION F

À Station F, le campus de start-up lancé en juin 2017 par Xavier Niel, l’expérience est plus récente mais le startuppeur n’est pas tout à fait le même. Station F a recueilli 600 réponses aux questionnaires envoyés à ses startuppeurs et la première surprise est que, dans 40% des cas, ce sont des femmes qui ont fondé ou co-fondé la start-up. Pour le reste : l’âge moyen d’un résident de Station F est de 30,9 ans, plus de 80% d’entre eux ont un diplôme équivalent ou supérieur au Master et, si 69% n’en sont qu’à leur première création d’entreprise, beaucoup en ont déjà créé trois.