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Marché du travail

Tourner en rond crée-t-il des emplois ?

L’économie circulaire est de plus en plus plébiscitée pour ses qualités environnementales et de durabilité. Mais on ne connait pas vraiment sa capacité à créer des emplois. Une expérience sur le Grand Roissy permettra peut-être d’y voir plus clair.

L’économie circulaire est, depuis deux ou trois ans, parée de toutes les vertus. L’économie circulaire, c’est la transformer des déchets en matière première et sa réutilisation pour concevoir d’autre produits ou pour d’autres usages. A terme cela veut dire que l’industrie ne créera que des déchets qu’elle pourra ensuite absorber. Une boucle. Théoriquement cela représente un gain de compétitivité énorme pour les industries mais cela permet-il pour autant de créer des emplois ? Pour Rémy Le Moigne, consultant qui vient de publier « L’Economie circulaire », il n’y a pas de doute la réponse est positive. Son raisonnement est que depuis les années 50 « la productivité du travail a augmenté beaucoup plus rapidement que la productivité des matières ou de l’énergie » et que « les gains de productivité sont donc surtout réalisés au prix d’importantes réductions d’effectifs. En France, ils entrainent chaque année la destruction de 43 000 emplois ».
 
L’économie circulaire peut inverser la tendance en augmentant la productivité des matières. Si pour lui les gains de productivité liée à la réintroduction des produits usagés permettraient d’économiser globalement un milliard de dollars par an en 2025, l’’impact de l’économie circulaire sur l’emploi peut être est calculée dans le recyclage, la refabrication, la réparation et, enfin, la réutilisation. On sait par exemple, dit-il, que « la mise en œuvre intégrale de la législation de l’Union européenne relative aux déchets (qui porte principalement sur le recyclage) permettrait de créer, suivant une estimation de 2011, plus de 400 000 emplois d’ici à 2020. Au Royaume-Uni, la méthanisation, qui est une forme de recyclage des matières organiques, créerait 35 000 nouveaux postes. »
 
Mais c’est surtout la refabrication, une activité à forte intensité de main d’œuvre, qui possède un potentiel important de création d’emplois qui sont essentiellement des emplois locaux. Par exemple la refabrication d’une imprimante Xerox requiert deux fois plus de travail que sa fabrication et nécessite une main d’œuvre plus qualifiée. Le coût souvent élevé du transport de produits usagés et le coût limité des usines de refabrication (qui sont difficilement automatisables) incitent à localiser ces usines à proximité des régions de consommation. Par exemple, Renault, Ricoh ou encore Canon possèdent des unités de refabrication en Europe. Aux Etats-Unis, le secteur de la refabrication, qui emploie 180 000 personnes à temps plein, connaît une croissance de 15 %. Au Royaume-Uni la refabrication permettrait de créer au moins 310 000 nouveaux emplois.
 
Pour l’instant les tentatives d’économie circulaire sur des territoires sont encore peu nombreuses. L’une des plus anciennes et des plus étudiées est celle de la zone industrielle des Deux Synthe (Grande Synthe et Petite Synthe) à Dunkerque avec 200 entreprises concernées. Elle a généré des revenus supplémentaires pour 50 % des entreprises étudiées, permis la minimisation des coûts de production pour 50 % des entreprises, et une entreprise sur deux a diminué sa facture énergétique. Les matières résiduelles vendues ont généré un revenu de plus de 54 millions d’euros et permis des  créations d’emplois. Combien ? Nul ne sait encore, comme dans toutes les expériences en France ou à l’étranger. Dans certains secteurs on avance des chiffres toutefois. Dans le textile par exemple ou l’on considère que 50 tonnes de textile collectées équivalent à un emploi créé ce qui vue la masse de textile à collecter pourrait créer 15 000 emplois.
 
Un dossier permettra peut-être d’y voir plus clair, celui du Grand Roissy lancé par l’EPA Plaine De France, Aéroports de Paris, le Conseil régional d’Ile-de-France et l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Pour l’instant nul ne se prononce sur les conséquences en matière d’emploi, mais chacun sait que le Grand Roissy est confronté à de forts enjeux de développement durable et de préservation de l’environnement et que l’Ile-de-France est, elle, confrontée à une pénurie de matériaux de construction, alors que des projets majeurs d’infrastructures de développement économique sont lancés sur ce territoire : le Grand Paris Express, la Tangentielle, le Terminal 4 de Roissy Charles de Gaulle, EuropaCity, Triangle de Gonesse, Aerolians… Un territoire le Val d’Oise qui a donc urgence à recycler et où il y a environ 94 040 demandeurs d’emplois. Le Grand Roissy pourrait d’ailleurs être le territoire de la première usine de recyclage en France de textile. Le Val d’Oise a tout : la matière première, la main d’œuvre, les compétences et les entreprises puisque trois entreprises (Hersand, Guerissol et Veteco) y trient déjà 30 000 tonnes de textile par an (20 % du national). Or la plus grande partie du textile destinée au recyclage est envoyée en Allemagne, en Lituanie ou en Belgique pour être transformée.
 
Jean-Pierre Gonguet
 
L’économie circulaireRémy Le Moigne, Dunod, 224 pages – 25 €

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