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Transports et logistique, un secteur en route vers de nombreuses évolutions

S'il est encore un peu tôt pour tirer le bilan des effets de la crise sanitaire sur le secteur, les entreprises des transports et de la logistique continuent de proposer de nombreuses offres d'emploi. Thomas Huguen, directeur de l'action professionnelle au sein de l’Association pour le développement de la formation professionnelle Transport et Logistique (AFT), nous répond sur les évolutions des métiers et de l'emploi dans le domaine.

Quel bilan tirez-vous quant à la manière dont les secteurs des transports et de la logistique se sont adaptés au contexte de crise sanitaire ?

Le marché de l’emploi a montré beaucoup de contrastes selon nos secteurs d’activités. Si je prends le transport de voyageurs, il est clair que l’année 2020 a été compliquée. Quand il y a eu un confinement, au deuxième trimestre, le secteur a vécu la suspension des lignes scolaires, l’arrêt du périscolaire et de l’occasionnel, de même que l’activité tourisme. Et il y a encore une absence de visibilité sur ce 1er trimestre 2021. En ce qui concerne le transport de marchandises, ça a été un peu différent. Sur le premier semestre, le transport de fret industriel a beaucoup souffert, avec des usines qui étaient arrêtées, et moins de fret à transporter.

À contrario, d’autres secteurs comme l’agro-alimentaire ont tiré leur épingle du jeu, sauf en fin d’année. La fermeture des commerces pendant le confinement a dopé la vente en ligne et cela a ruisselé sur une ribambelle de métiers comme la messagerie pour la livraison de particuliers, la logistique du dernier kilomètre. Les nouveaux moyens de distribution ont joué leur rôle pour satisfaire le client final que vous êtes. Et le e-commerce a boosté les métiers de la logistique : dans la préparation de commandes, le colisage, l’expédition, …

Nous avons quand même été agréablement soulagés de l’absence de destructions massives d’emploi dans notre secteur. Certaines de nos entreprises ont pu bénéficier d’un soutien de l’Etat au travers des prêts garantis par l’Etat (PGE) et la majorité a fait preuve d’agilité.

Quels types d’initiatives témoignent de cette adaptation ?

Il y a eu une cette initiative lancée par l’AFT dénommée « Transport solidaire ». Lancée fin mars 2020, cette plateforme en ligne permettait de travailler sur du prêt de main d’œuvre entre entreprises. Par exemple, si une entreprise ne travaillant qu’avec le secteur industriel se retrouvait avec des conducteurs disponibles du fait de fermeture des usines, elle pouvait prêter son personnel à d’autres secteurs transport en tension. Fidéliser les salariés est un enjeu important pour notre profession.

L’ancienneté moyenne des salariés dans les établissements de la branche est en moyenne de 8 ans, et 95% des salariés sont en CDI. Nous offrons une palette de métiers large, des conducteurs aux organisateurs de transport, du préparateur de commande au responsable de plateformes, sans oublier les services supports. Et une possibilité d’évoluer dans les emplois, pourvu que l’on fasse preuve d’adaptabilité. Nous souffrons toujours d’une méconnaissance des métiers de la logistique, avec parfois une mauvaise image de ces métiers. Le site www.choisis-ton-avenir.com nous permet de donner de la visibilité à ces métiers qui gagnent à être connus.

« Nous avons su rendre nos métiers accessibles au plus grand nombre »

Vous avez signé des conventions de partenariat au niveau régional avec Pôle emploi. Quels sont les objectifs de ces conventions ?

Nous en avons signé une récemment avec Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine, et nous en avons signé avec certaines directions territoriales, comme en PACA. J’en oublie certainement. Notre action commune permet de valoriser les métiers auprès des demandeurs d’emploi, en ouvrant les portes des entreprises ou par des périodes d’immersion en entreprise (grâce au dispositif de PMSMP – « période de mise en situation en milieu professionnel »).

Ensemble, nous organisons également des informations collectives dans les agences, ainsi que des « job datings », pour mettre en réseau les entreprises qui recrutent et les demandeurs d’emploi avec le soutien des agences de Pôle emploi. Il y a aussi beaucoup de régions où nous fonctionnons avec les agences sans avoir de convention formelle. Nos équipes s’attachent à donner une vision juste des métiers ainsi que de l’offre de formation sur le territoire, et éventuellement les financements possibles associés. Dernièrement, la branche a accentué la promotion de l’apprentissage et des contrats de professionnalisation afin attirer plus de jeunes dans nos entreprises.

À nous de nous faire connaître et de diversifier nos recrutements, en allant vers des profils peut-être un peu différents. Je pense aux primo-arrivants, aux personnes résidant dans les quartiers de la politique de la ville, aux personnes en situation de handicap, … Il y a de très belles réussites avec des hommes et femmes qui sont partis du terrain, qui ont su évoluer vers l’encadrement intermédiaire, voire de direction de sites.

Les opérationnels motivés et impliqués peuvent avoir des perspectives d’évolution en se formant tout au long de leur vie. Mobiliser parfois son Compte Professionnel de Formation (CPF) pour financer ou cofinancer un bout de formation qui manque, faire reconnaître ses acquis professionnels dans le cadre de la VAE : tout est possible ! Nous avons développé avec Pôle emploi un Kit Métiers transport et logistique, avec des chiffres à jour du secteur, des fiches métiers, pour mieux outiller les conseillers Pôle emploi et faciliter l’accompagnement du public.

« Aujourd'hui, il y a la possibilité d'avoir une vie familiale et sociale qui est préservée quand vous êtes conducteur ou conductrice »

Le secteur des transports et de la logistique est souvent perçu comme constitué de métiers difficiles sur le plan physique, et majoritairement occupés par des hommes. Est-ce le cas ?

La branche des transports n’est malheureusement féminisée qu’à hauteur de 20%. Il y a environ 35% de femmes dans le transport sanitaire, 25% dans le transport de voyageurs, et 10% dans le transport de marchandises. Mais quand je vous parle de 10% de femmes dans le transport de marchandises, je vous parle de RH, de comptables, ou d’exploitation éventuellement, mais beaucoup moins des conductrices, parce qu’il n’y a encore seulement que 2% de conductrices en transport de marchandises.

Aujourd’hui, il y a la possibilité d’avoir une vie familiale et sociale préservée quand vous êtes conducteur ou conductrice. Nous sommes plutôt sur du transport régional ou grand régional et vous ne partez plus trois semaines courir l’Europe. Par ailleurs, un tiers des 750 000 salariés de la branche transports vont partir à la retraite dans les quatorze prochaines années. Cela correspond à plus de 200 000 recrutements dans les quinze prochaines années, ne serait-ce que pour remplacer ceux qui partent à la retraite. Et c’est d’autant plus important pour notre secteur d’avoir de la diversité dans ses recrutements, de fidéliser ses salariés, avec des moyens technologiques permettant de faciliter leur quotidien.

Pour les personnes ayant une reconnaissance de travailleur handicapé, certaines entreprises travaillent sur l’adaptation de postes par rapport au handicap de la personne. Par exemple, le Breton que je suis pourrait citer en Bretagne les Transports Lahaye (marchandises) qui ont recruté un salarié paraplégique sur un poste de conducteur qu’ils ont complètement adapté, de même que Linévia qui a recruté 3 salariés mono manuel. Les entreprises sont capables d’investir, d’équiper des véhicules, d’adapter l’organisation du travail. Au-delà de recruter, aujourd’hui, la question, c’est de diversifier, de fidéliser les salariés, et de préserver leur santé, c’est un enjeu important pour la branche transports.

De façon générale, nos métiers ont évolué, avec des véhicules qui se conduisent beaucoup plus facilement, des moyens de manutention automatisés, avec des transpalettes électriques, des hayons, … Il y a aussi toutes les technologies déjà embarquées dans les véhicules lourds, qui arriveront seulement dans quelques années sur les véhicules légers, caméras qui remplacent les rétroviseurs, sécurité active.

Ces évolutions technologiques et organisationnelles que vous évoquez, est-ce qu’elles donnent naissance à de nouveaux métiers ?

Il y a des métiers qui ont évolué dans le domaine de la maintenance des poids lourds. Les véhicules sont de plus en plus techniques et demandent de nouvelles compétences, avec plus de connaissances en électronique et en informatique. Il y a aussi des enjeux de numérisation et de robotisation dans les entrepôts. Aujourd’hui, certaines entreprises ont recours à une informatique accrue, avec la traçabilité des colis, voire des inventaires avec des drones pour certains entrepôts. La technicité et la technologie nous permettent parfois de faciliter les tâches de nos effectifs ou d’orienter leurs missions sur des actions à forte valeur ajoutée. Et de nouveaux métiers vont apparaître, parce que les entreprises travaillent de plus en plus en réseau. Il y a un fort enjeu dans la distribution urbaine.

Des réflexions sont en cours pour mettre à l’entrée des villes des plateformes mutualisées, transformer notre distribution, ou nous organiser pour que telle ou telle rue ne soit livrée que par un seul camion, et non dix différents. C’est capital de développer les nouveaux métiers de mutualisation des flux : des gestionnaires de flux, des responsables d’opérations, des supply chain managers, des hubs logistiques, et peut-être demain des trains routiers sur de la longue distance. Nos métiers vont aussi se « verdir » durablement. Nos entreprises réduisent leurs émissions de Co2, au travers de différentes actions. C’est une volonté des entreprises, c’est une attente des clients, et je crois que c’est aussi une attente des générations qui entrent sur le marché de l’emploi. Un camion pollue de moins en moins.

Nous parlons de plus en plus de véhicules électriques, de véhicules au gaz, de véhicules hydrogènes. Les salariés suivent des programmes de formation à l’éco-conduite, pour que les conducteurs utilisent mieux leur véhicule. Et prochainement, les ingénieurs environnement auront une route toute tracée dans les entreprises de transport-logistique, car il y a une véritable révolution énergétique dans notre secteur !

E.A.

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