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Prospective

Transports : la révolution du véhicule autonome

Entre diffusion progressive et rupture, l’intelligence artificielle devrait s’imposer d’ici une dizaine d’années dans de nombreux secteurs d’activité et transformer les organisations du travail. France Stratégie a passé au crible trois secteurs d’activité : transports, santé, banque. Chapitre 1 : les transports.

Des camions en convoi, sans chauffeur, sur l’autoroute ? Un scénario d’anticipation qui pourrait assez rapidement devenir réalité. Il est déjà expérimenté sur les routes d’Arizona aux États-Unis. Dans un rapport (*) commandé par le gouvernement, les chercheurs de France Stratégie ont décidé de scruter trois secteurs, ceux des transports, de la banque et de la santé, pour esquisser des scénarios de transformation du travail induit par l’intelligence artificielle. Deux scénarios émergent principalement : l’un d’une diffusion progressive, l’autre d’une rupture.

Dans le premier cas, l’intelligence artificielle serait intégrée au fonctionnement des entreprises et des organisations dans la continuité de leur transformation numérique. Les tâches, emplois et compétences se transformeraient alors progressivement et les acteurs concernés pourraient être accompagnés. Dans le deuxième cas, le changement s’effectuerait plus brutalement et s’illustrerait par un écart flagrant entre de nouvelles entreprises qui auraient mieux anticipé l’IA et des organisations déjà présentes qui pourraient rester sur le carreau. Leur adaptation devrait se faire dans l’urgence et cela pourrait créer des difficultés supplémentaires. « Le secteur des transports comporte trop d’activités différentes pour qu’un scénario unique puisse s’appliquer », note d’emblée les auteurs du rapport.

En France, les 800 000 personnes travaillant comme conducteurs sont susceptibles de voir leur travail changer radicalement, à mesure que se déploient les véhicules autonomes.

Nouveaux métiers à la clé

Dans les transports, alors que le secteur connaît une pénurie de chauffeurs dans le transport routier et de marchandises, l’IA pourrait intervenir via les véhicules autonomes. Concrètement, cela signifierait une conduite automatisée, sur les autoroutes notamment, avec, pour conséquence, moins de chauffeurs, mais mieux répartis car il faudra tout de même des chauffeurs locaux pour amener les camions jusqu’à l’autoroute ou assurer les dessertes locales. Combien de personnes sont potentiellement concernées ? En France, les 800 000 personnes travaillant comme conducteurs sont susceptibles de voir leur travail changer radicalement, à mesure que se déploient les véhicules autonomes. Le plus souvent, cette transformation ne sera pas brutale mais elle conduira à orienter le contenu du travail vers des tâches de supervision, d’accueil ou encore vers des tâches que la machine est incapable de gérer (trouver la sonnette, pour un livreur).

Et parce que, tout n’est pas « noir ou blanc », ces mêmes technologies pourraient aussi créer de nouveaux métiers grâce, notamment, au traitement massif des données (devenir le contrôleur d’une flotte de véhicules autonomes par exemple). Par ailleurs, en imaginant que l’IA prenne en charge des tâches routinières et répétitives, il est possible d’envisager que cela soulage les actuels travailleurs, qui bénéficieraient d’une amélioration des conditions de travail et une valorisation des activités et des tâches. On peut notamment imaginer que l’IA permettrait à des individus de gagner en expertise, leur permettant ainsi de gérer des pannes spécifiques. « D’ici 5 à 10 ans, l’IA pourrait permettre de développer la maintenance prédictive des équipements, améliorer la circulation des véhicules et optimiser la logistique, notamment en cas de perturbation », prévoit France Stratégie.

Scénario progressif dans les transports publics

Dans les transports publics, le déploiement des véhicules autonomes d’abord sur de nouveaux services, puis progressivement sur les lignes existantes – bus, métro, tramways ou trains –, pourrait conduire à une « tripolarisation » des emplois, entre ceux qui progressent vers les postes de supervision, ceux qui sont réorientés vers l’accueil voyageur et ceux qui disparaissent. Les personnes en charge de l’entretien et de la maintenance seront, de leur côté, confrontées à un nouveau cadre de travail quotidien, tant dans les tâches à accomplir que dans les outils mis à leur disposition. L’organisation du travail au sein d’un centre de maintenance sera probablement affectée par la maintenance prédictive qui permettra de mieux prévoir la charge de travail, et notamment de limiter les pics d’activité. « Cela pourrait conduire à des journées plus cadencées et routinières, avec à la clé une moindre attractivité du métier », avancent les chercheurs de France Stratégie.

France Stratégie conclut son rapport en formulant des recommandations au gouvernement. L’organisme invite ainsi à anticiper les effets de l’IA sur le travail en effectuant de larges prospections dans les différents secteurs afin de mieux repérer quelles tâches seront automatisables ou pas. Il préconise également d’accompagner les organisations pour « anticiper leurs besoins de compétences » et éviter les scénarios les plus préjudiciables. « La montée en compétence des salariés en réponse à la robotisation est ancienne, notamment dans l’industrie, et peut être une garantie d’emploi si elle assure la croissance de l’activité de l’entreprise et du secteur », notent les auteurs du rapport. En témoigne la robotisation avancée de l’industrie automobile allemande : cette dernière, une des plus fortement robotisées au monde, employait en 2016 plus de 800 000 salariés, 100 000 de plus qu’il y a vingt ans, contre 440 000 en France.

N.S.

(*) Intelligence artificielle et travail : risques et opportunités, Rapport à la ministre du Travail et au secrétaire d’Etat chargé du numérique, France Stratégie, mars 2018