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Travailleurs handicapés : des pistes d’intégration

L’emploi des personnes handicapées est en retrait par rapport aux objectifs fixés par la loi. Mais de nouveaux débouchés se profilent notamment grâce au numérique et au développement de l’entrepreneuriat. Une étude prospective trace les évolutions souhaitables à horizon 2025.

Pas facile d’établir un bilan de l’emploi des travailleurs handicapés dix ans après la loi de 2005 qui a posé les principes de non-discrimination et d’égalité de traitement de ces personnes, tant pour l’accès à l’emploi que pour le maintien en poste et l’évolution des carrières. Cette loi a renforcé celle de 1987 qui oblige les entreprises de 20 salariés et plus à compter au moins 6% de personnes handicapées dans leurs effectifs … ou à verser une contribution à l’Agefiph (Association du fonds pour l’insertion des personnes handicapées).

A première vue, le nombre de personnes handicapées en situation d’emploi a augmenté. Entre 2006 et 2012, il serait passé de 322.300 à 361.700 dans les établissements assujettis à cette loi,  ce qui représente une progression de 12%, a noté le Ministère du Travail dans une étude rendue publique en novembre 2014.

Loin des objectifs

Malgré tout, au regard de la situation de l’emploi établie en juin 2015 pour les personnes handicapées, le taux de chômage dans cette population  atteint 21%, ce qui correspond à environ le double du taux de chômage en France, tous publics confondus. On est loin d’une situation de non-discrimination dans l’accès à l’emploi. Et les objectifs de la loi sont loin d’être atteints, puisque ces personnes en emploi représentent 3,1% du total des effectifs des établissements concernés, soit à peine plus que la moitié du seuil légalement prévu.

Ces proportions sont en outre largement sous-estimées. En décembre 2014 à l’occasion de la Conférence nationale sur le handicap, François Hollande l’avait lui-même remarqué :

 

« Ce chiffre ne correspond pas à la réalité, car il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas sur le marché du travail et qui ne sont pas classées comme demandeurs d’emploi ».

En réalité, si l’on se réfère à certaines estimations établies en 2008 par le Ministère du Travail, sur 26 millions de personnes âgées de 15 à 64 ans et en emploi en France, près de 900.000 disposaient d’une reconnaissance administrative de leur handicap leur permettant de bénéficier de la loi sur l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés. Elles seraient plus nombreuses aujourd’hui. Ce qui rend obsolète le taux de chômage indiqué.

Un chômage de longue durée persistant

Les statistiques officielles font état de l’emploi direct des personnes handicapées par des entreprises. Mais celles-ci ont aussi d’autres solutions pour remplir leurs obligations. Elles peuvent faire appel à des formes de sous-traitance qui procurent des emplois à des travailleurs handicapés, ce qui revient à externaliser cette obligation. Ou bien verser leur contribution à l’Agefiph, ce qui équivaut à s’exonérer d’un devoir envers la collectivité en le rachetant.

Dans ces conditions, on comprend pourquoi les personnes handicapées restent confrontées à des difficultés spécifiques : 57% des personnes handicapées au chômage sont en longue durée contre 45% pour l’ensemble des publics, avec une ancienneté moyenne de 779 jours soit près de 200 jours de plus que pour les autres demandeurs d’emploi, souligne l’Agefiph. Contrairement au souhait exprimé par le chef de l’Etat appelant à « changer le regard » pour transformer le problème en solution, l’intégration des travailleurs handicapés progresse trop lentement.

Néanmoins, ces statistiques doivent être interprétées. Elles intègrent une reconnaissance de plus en plus grande de la situation de handicap ainsi que le vieillissement de la population active. Dans ces conditions, le nombre de personnes concernées augmente mécaniquement sur un marché de l’emploi qui, lui, a stagné. Ce qui contribue à dégrader la situation telle qu’elle est exprimée par des chiffres.

De nouveaux profils de postes

Malgré tout, dressant un bilan de la situation à l’occasion de la 19e semaine pour l’emploi des personnes handicapées, l’Agefiph perçoit des éléments positifs. D’abord, l’information sur le travail des handicapés circule de mieux en mieux, ce qui peut amener nombre d’entre eux à rechercher un accompagnement dans leur recherche d’emploi. Globalement, le nombre de placements accompagnés augmente de 6% par an. Ensuite, de nouveaux métiers s’ouvrent à ces personnes grâce à l’intégration et à l’adaptation des nouvelles technologies

Les services informatiques, juridiques ou comptables sont  ainsi de plus en plus accessibles aux travailleurs handicapés. Les solutions doivent être étudiées au cas par cas, avec l’Agefiph, car des solutions finissent par émerger. Par exemple, on a vu des postes se débloquer dans le transport routier, dans le pilotage d’hélicoptère ou dans le télé-pilotage de drones.

Pour surmonter les obstacles, il est nécessaire de sensibiliser les entreprises. Les grands groupes, comme Michelin actuellement, sont sollicités. Mais on voit aussi de plus en plus de  personnes handicapées créer leur propre activité, comme dans la restauration. Et grâce à l’accompagnement dont elles peuvent bénéficier, les entreprises ainsi créées affichent un taux de pérennité supérieur à la moyenne nationale.

Sensibiliser les PME

Pour que la situation s’améliore encore, les défis à relever sont connus: développer la formation et l’accès à l’enseignement supérieur aux handicapés, sensibiliser les PME à l’embauche car elles sont un vivier pour l’emploi en général. Il convient aussi d’intégrer les problématiques spécifiques aux handicapés dans les accords d’entreprises et tous les textes relatifs à l’emploi, à l’occasion notamment de la révision du Code du travail.

Dans cette optique, une première étude prospective sur les évolutions souhaitables à horizon 2025 a été menée par des associations comme l’Adapt (Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées) et des entreprises, avec le soutien du Conservatoire national des Arts et métiers. Elle définit quatre grands scénarios alternatifs sur les évolutions futures des entreprises, du travail et des personnes en situation de handicap. Et identifie treize propositions de changements concrets en faveur de l’emploi des  handicapés. Pour une  meilleure intégration de tous les publics dans l’entreprise, en faisant reculer la discrimination comme la loi de 2005 en fixe le principe.

Gilles Bridier

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