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Marché du travail

Vers une société du recyclage

Et si l'un des plus grands gisements d'emplois, dans les décennies à venir, dépendait des métiers de la récupération ? Une étude prospective imagine ce que pourrait être notre économie à l'aune de cette valorisation des matériaux d'ici 2020.

L’époque de la surconsommation et du tout jetable est révolue. Les préoccupations environnementales et la prise de conscience de la finitude des matières premières ont fait passer le secteur de la récupération et du recyclage d’un stade essentiellement familial à une dimension industrielle. Aujourd’hui, le secteur compte 4.659 entreprises et 34.000 salariés, dont 64 % collectent et donnent une seconde vie aux matières métalliques (laiton, cuivre, aluminium, acier) ou démantèlent les véhicules hors d’usage et 31 % prennent en charge les autres matériaux recyclables (papier, carton, textile, verre, déchets des équipements électriques et électroniques, plastique, pneumatiques, palettes, solvants et huiles usagées, duvets et plumes). Seules 5 % d’entre elles ne font que du négoce.

Le déchet devient ressource

Le recyclage connaît une activité croissante. En 2008, sur 42,6 millions de tonnes de déchets collectées, 37,2 millions de tonnes ont été recyclées (3 % de plus par rapport à 2007) et 5,4 millions de tonnes ont été incinérées, enfouies ou broyées. Le chiffre d’affaires s’est élevé à 11,3 milliards d’euros (plus 4,6 % en un an et plus 12 % en moyenne chaque année depuis 5 ans). Ces chiffres illustrent un changement de paradigme. L’épuisement des ressources naturelles et la nécessité de mettre un frein au gaspillage ont transformé notre vision des déchets : il ne s’agit plus seulement de les éliminer, sinon également de les valoriser. Le déchet devient ressource et le recyclage est reconnu comme acteur du développement durable.

Scénario d’une croissance à la hausse

L’évolution de ces marchés verts dépend d’une part de la croissance nationale et internationale, du prix des matières premières et du renforcement de la réglementation donnant priorité à la valorisation des déchets. D’autre part, elle est aussi liée aux efforts des entreprises, à leur capacité d’adaptation pour faire évoluer leurs modes d’organisation et les formations qu’elles proposent. La Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle a mené une étude prospective ayant abouti à différents scénarios économiques à l’horizon 2020. Le plus optimiste se place dans l’optique où le monde retrouve une croissance à la hausse, qui profiterait entre autres à la France grâce à ses exportations vers les pays émergents. Ces derniers  auront de plus en plus besoin de matière première pour produire des biens et en priorité les matières premières recyclées.

Voici les estimations et les projections pour les cinq filières les plus représentatives de la profession :
Concernant les métaux ferreux, la production d’acier renoue avec la croissance (1,2 % par an). Les quantités collectées en France évoluent de 1 % par an, pour atteindre 14.900 kilos tonnes en 2014 et 16.300 kilos tonnes en 2019. Cette augmentation des quantités peut provenir des déchets métalliques issus des ménages (emballages, appareils électroménagers) ou des chutes neuves (copeaux, chutes de tôles provenant des industries mécanique et automobile). Les capacités d’utilisation en France devraient être de 8.700 kilos tonnes d’ici à 2019.
Les métaux non ferreux, après une période de stabilisation entre 2007 et 2014, devraient connaître un redémarrage de leur production (plus 1,2 % par an). Les quantités collectées augmentent de 0,6 % par an (1 420 kilos tonnes en 2019). L’usage en France des métaux non ferreux pourrait progresser de 2 points (de 46 à 48 %). La filière du papier-carton quant à elle verrait sa production augmenter : les quantités collectées continueraient de progresser (1,4 % par an entre 2014 et 2019) et le taux d’utilisation passerait de 65 % en 2014 à 67 % en 2019 (il était de 60,3 % en 2007). La production du verre devrait croître de 1,1 % par an. Dans le domaine de la collecte, ce scénario « optimiste » prévoit une augmentation du volume collecté de 1,1 %, soit 2.500 kilos tonnes, par an. Enfin, la filière du  plastique devrait elle aussi croitre de façon remarquable. La production des matières plastiques augmenterait de 3 % et les quantités collectées devraient elles aussi progresser fortement (plus 4,6 %, soit de 1.450 kilos tonnes en 2014 et jusqu’à 1.770 kilos tonnes en 2019). Le volume de matières plastiques recyclées pourrait atteindre 1.830 kilos tonnes en 2019.

Nécessité de compétences de plus en plus pointues

Si ce scénario se confirmait, la sociologie des salariés de ce secteur serait elle aussi en pleine mutation. Si la proportion d’ouvriers et d’employés continuerait vraisemblablement à être majoritaire, les besoins en cadres, en ingénieurs, en techniciens, en agents de maîtrise et en chefs d’équipe iraient croissants. Des compétences commerciales pointues risquent aussi d’être de plus en plus nécessaires, notamment avec l’internationalisation des marchés. Avec ces nouveaux besoins en personnels (de 7 à 18 % de plus par rapport à aujourd’hui) et compte tenu des départs à la retraite, la politique de recrutement va devoir se professionnaliser davantage. L’offre de formation nécessitera en outre un élargissement.

Laurence Ubrich – Lesinfluences.fr

Source : Contrats d’Etudes Prospectives de la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle

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