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What’s Up Camille ? au service des entrepreneurs de plus de 50 ans

Lancé par l'association « Kiki à Paris », What's Up Camille ? est un programme qui vise à soutenir les plus âgés dans leurs projets de reconversion professionnelle. Ainsi, il se présente comme un véritable incubateur pour les entrepreneurs de plus de 50 ans.

Résolument tourné vers l’innovation sociale et en lien avec des partenaires tels que BNP Paribas, Banque Populaire Rives de Paris ou la fondation Macif, le dispositif s’appuie notamment sur le bénévolat et le mécénat de compétences. Il compte quelques places pour des bénéficiaires du RSA, grâce à une bourse solidaire. Sa responsable, Kim Salmon, a répondu à nos questions.

Comment est né le projet What’s Up Camille? Et quels sont ses objectifs ?

En février 2019, nous avons créé l’association « Kiki à Paris », dont l’objectif est d’organiser des événements de convivialité à destination des Franciliens en situation d’isolement ou de précarité. Nous avions aussi le projet de mettre en place des formations, et nous nous sommes rendu compte qu’il y avait énormément de personnes de plus de 50 ans, en situation de recherche d’emploi ou à la retraite, et qui n’ont pas forcément tous les moyens pour bien vieillir. Ou encore des personnes qui sont salariées mais qui sont malheureuses dans leur emploi. Et nous nous sommes dit qu’il fallait les accompagner dans cette démarche de changement de vie.

Vous vous adressez donc aux seniors ?

Nous évitons d’utiliser le terme de « senior » parce qu’on n’est pas la même personne à 50 ans et à 70 ans, et ça peut être très mal pris. L’objectif, c’est d’accompagner des personnes de plus de 50 ans dans leur désir de créer une entreprise ou une association. Il y a beaucoup d’isolement et de problématiques économiques chez les personnes de plus de 50 ans.

Et aujourd’hui, malgré quelques structures qui existent, il y a encore beaucoup trop de personnes qui sont dans des situations de précarité à cet âge-là. Notre objectif, c’est d’accompagner des plus de 50 ans à créer leur emploi, et à créer des emplois. Un autre but, c’est de changer l’image de ces personnes aux yeux des Français et des entreprises, de les mettre en avant dans la presse, les média, et cetera. Il y a cet objectif de les aider à créer, mais aussi à reprendre confiance et estime en eux-mêmes.

Quelles sont les actions proposées par votre accompagnement ?

Nous avons deux types d’accompagnement. Le premier se nomme « Je passe de l’idée à l’action ». Il est conçu pour des personnes qui ont une idée de projet, d’entreprise ou d’association. Le second se nomme « J’accélère mon projet » et s’adresse à des entrepreneurs qui ont déjà validé leur prototype, et qui souhaitent structurer leur croissance.

Pendant trois mois, nous mettons à leur disposition des formations, autant sur la posture de l’entrepreneur que sur la gestion d’une entreprise au quotidien, et elles sont toutes animées par des professionnels, bénévoles ou intervenants via un mécénat de compétences. Les personnes suivent cette formation toutes les semaines pendant deux mois, et une demi-journée par mois, ils ont accès à des experts dans différentes thématiques de l’entreprise. Et ils bénéficient aussi de l’intervention de deux mentors, qui les accompagnent au minimum deux heures par mois, pour avancer sur leur projet.

Dès qu’ils ont un besoin, nous les mettons en contact avec une personne pouvant les aider sur leur problématique. L’intérêt de notre accompagnement, c’est aussi qu’il est fait de petites promotions, où il y a une forte cohésion et un fort sentiment de solidarité et d’entraide. Nous sommes vraiment derrière chaque entrepreneur, nous ne les lâchons pas. Nous prenons des nouvelles d’eux, même en ligne, et nous faisons des points pour qu’ils restent motivés.

Est-ce que les personnes ont toutes déjà une idée de projet quand elles arrivent ?

Nous demandons quand même à ce qu’elles aient une idée, et qu’elle soit réaliste sinon c’est un peu compliqué de les accompagner. Et pour ceux qui sont plus avancés, qui ont déjà validé leur marché, nous leur proposons de participer aux ateliers qu’ils désirent. Ils ont aussi accès à des mentors, et après c’est vraiment un accompagnement personnalisé sur des problématiques spécifiques.

Est-ce que vous avez déjà pu analyser les difficultés que les personnes de plus de 50 ans rencontrent le plus souvent, quand elles se lancent dans un projet entrepreneurial ?

La plus grande difficulté réside souvent dans l’estime qu’elles ont d’elles-mêmes. Elles ont toutes une histoire professionnelle avec des choses parfois assez lourdes, et nous menons un gros travail autour de cela. Un autre problème courant réside dans leur gestion du temps. Et aussi le fait de ne pas avoir forcément assez de ressources pour être à temps plein sur leur projet.

Globalement les femmes ont plus de difficultés. Ça fait un moment que je suis dans l’entrepreneuriat et que je vois beaucoup d’hommes qui, à partir de 50 ans, créent des projets. C’est en train de diminuer, mais la moyenne d’âge pour créer son entreprise se situe entre 40 et 45 ans. Et il y a beaucoup d’hommes qui considèrent qu’ils n’ont pas besoin d’accompagnement, qu’ils peuvent le faire tout seuls. Et c’est pour ça que je vous parle d’estime de soi, parce que je pense que les femmes ont peut-être plus besoin d’être accompagnées en la matière.

Par quels canaux sont arrivées à vous les personnes que vous accompagnez ?

Elles nous ont connu grâce à des articles dans la presse et également grâce à nos partenaires. Là nous en sommes au début, mais quand nous aurons fini notre premier accompagnement dans deux mois, nous aurons des retours de nos bénéficiaires, et ça devrait aussi nous aider à gagner en visibilité.

Quel est votre projet de développement pour les années à venir ?

Nous sommes assez dépendants de la situation sanitaire, mais l’objectif est de créer un pôle dans chaque métropole, dédié à l’accompagnement des personnes de plus de 50 ans souhaitant développer leur projet entrepreneurial.

Selon vous, quelles sont les conditions d’une reconversion professionnelle réussie ?

Il faut être patient, ouvert d’esprit et bienveillant. Parfois les personnes veulent tout très vite, et parfois elles se brûlent un peu les ailes. Et dans la gestion du temps, certaines personnes peuvent à l’inverse être plus lentes, et dans ce cas il faut les pousser un peu pour qu’elles réalisent leurs objectifs.

Quelles sont les prochaines échéances, pour les personnes qui souhaiteraient bénéficier de votre accompagnement ?

L’appel à candidatures pour notre prochaine session se terminera le 18 janvier. Et l’incubation se déroulera du 1er février au 1er mai. Tous les éléments pour postuler peuvent être retrouvés sur notre site internet.

Le site du programme : https://www.whatsupcamille.fr/

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