Compétences : et si tout le monde parlait de la même chose ?

France Stratégie vient de produire une note où sont expliqués les retards de la France en matière de compétences de base. Ils sont d’abord dus à une mauvaise définition du rôle de chacun dans la formation initiale et continue.

La France peut-elle se doter d’un plan, ou tout au moins d’une méthode, pour résoudre le déficit des compétences de base qu’ont révélé depuis des années les enquêtes menées sur la population active ? C’est le sujet d’une note de France Stratégie qui tente de redéfinir le rôle de tous les acteurs (entreprises, branches, pouvoirs publics) afin de trouver des solutions à la difficile insertion de certains jeunes et demandeurs d’emploi, ainsi qu’à l’adaptation des compétences tout au long des parcours professionnel. Le problème n’est pas simple car si l’on sait, comme l’a montré l’OCDE, que la non-maîtrise « d’un socle de compétences de base expose à un risque élevé de chômage, de pauvreté et d’exclusion sociale », on sait également que dans un environnement de travail en constante mutation, la maîtrise de ce socle, bien qu’indispensable, ne suffit pas. Deux notes de France Stratégie l’ont récemment rappelé*.

Favoriser les compétences liées à l’innovation

L’enjeu n’est pas qu’individuel (et c’est pour cela que France Stratégie plaide pour une politique nationale et publique), car « garantir l’accès de chacun aux compétences de base, élever le niveau moyen de qualification et développer des compétences spécifiques favorables à l’innovation ne peut qu’en favoriser la compétitivité hors coût. Or, sur ce plan, le positionnement de la France n’est guère satisfaisant malgré les ambitions affichées depuis quinze ans ». La question de fond pour France Stratégie est donc de comprendre avant toute chose si cela est dû à un « échec des dispositifs de formation ou un dysfonctionnement plus structurel de notre modèle d’acquisition des compétences et d’appariement avec les besoins des entreprises ».

Une démarche centrée sur les compétences difficile à concrétiser

Question d’autant plus sensible que, même si le niveau de qualification s’est considérablement élevé en France, « encore près de 100 000 jeunes sont sortis en 2016 du système de formation initiale sans qualification et 10 % des 16-29 ans ne maîtrisent pas les compétences de base ». À cela il faut ajouter que près d’un tiers des adultes français (16-65 ans), soit 5 points de plus que la moyenne de l’OCDE, disposent de faibles compétences de base. Tout cela alors que l’importance de la mise en place d’une démarche centrée sur les compétences fait consensus depuis les années 1990. « Omniprésente dans les discours portant sur les politiques de formation et de gestion de la main-d’œuvre par les entreprises, la notion peine toutefois à se traduire de façon concrète, peut-être parce qu’elle recouvre en réalité des attentes et des conceptions variables selon les acteurs qui la mobilisent », écrivent Morad Ben Mezia, Hélène Garner et Antoine Naboulet, trois auteurs de la note.

Des visions différentes

Comme si personne ne parlait de la même chose. Pour les entreprises « la compétence renvoie davantage aux aptitudes techniques et comportementales des individus à occuper effectivement un emploi qu’à la définition formelle d’un métier type, telle qu’elle existe dans une classification de branche d’activité… La difficulté pour les employeurs à préciser leurs besoins de compétences professionnelles les conduit souvent à exprimer ceux-ci en termes génériques : motivation, autonomie, capacité d’initiative… Mais comme ces compétences sont difficilement objectivables, ils s’appuient alors sur d’autres critères supposés les capter de façon indirecte : diplôme, traits de personnalité, caractéristiques sociodémographiques… Cette pratique expose dès lors une partie de la population à un risque de chômage élevé, voire à des discriminations ».

Une redistribution nécessaire des responsabilités ?

Le système de formation évolue trop lentement : « les entreprises n’intègrent pas pleinement leur rôle de lieu central d’acquisition des compétences, les individus mobilisent peu les droits créés, et les branches professionnelles et l’État gardent de fait une place prépondérante dans la définition des besoins de formation, ce qui a pour effet de maintenir le diplôme initial comme élément déterminant de la qualification des individus et de leur insertion professionnelle ». Cela fait dire à France Stratégie que l’enjeu est donc de clarifier, voire de redéfinir les niveaux d’intervention et la responsabilité de chacun de ces acteurs, tant au regard des différents types de compétences envisagés que des publics ciblés.

AC 

 

* « Quelles priorités éducatives ? », note Enjeux 2017-2027,  et « Quels leviers pour l’emploi ? », note Enjeux 2017-2027