Job coaching : quand handicap psychique et emploi font bon ménage

Venu des États-Unis et pratiqué dans les pays du Nord de l’Europe, le job coaching ou « emploi accompagné », fait de nouveaux émules en France. Objectif : aider les personnes en situation de handicap psychique à trouver et/ou conserver un emploi.

Selon l’OCDE, « les personnes vivant avec un trouble psychique travaillent  ̶ entre 55 et 70% selon les études  ̶ mais moins que les personnes sans trouble. Elles ont aussi deux à trois fois plus de risque de se trouver au chômage » (1). En France, 1 personne sur 5 risque de connaître un trouble psychique au cours de sa vie (dépression, anxiété, addiction, trouble alimentaire, trouble schizophrénique, trouble bipolaire...) selon un rapport de la Cour des comptes (2). L’enjeu social et sociétal est de taille puisque les 28e Semaines d’information sur la santé mentale (SISM) ont décidé de lui consacrer plusieurs temps forts cette année (*) afin de « trouver des solutions aux obstacles à l'emploi des personnes souffrant de troubles psychiques ».

Un fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées

Alors qu’ils font leurs preuves en Europe depuis plus de 20 ans, les dispositifs d’emploi accompagné pour les salariés handicapés n’existaient jusqu’à présent qu’à titre expérimental en France. La loi Travail d’août 2016 vient de leur donner un fondement juridique et le décret d’application du 26 décembre dernier les a rendus effectifs au 1er janvier 2017. Financé à plus de 50% par l’État, le dispositif bénéficiera également de la participation des fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées du public et du privé. Près de 1 500 personnes handicapées seraient concernées.
Pour Anne Baltazar, présidente de l’Association de gestion des fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph), « cet accompagnement est novateur puisqu’il permet de mixer les compétences du secteur médico-social avec celles des acteurs du service public de l’emploi. Il s’inscrit aussi dans la durée ».

La stratégie du « place and train »

Alors que les pratiques traditionnelles de réadaptation au travail et d’aide à la réinsertion ont montré leurs limites en termes d’insertion dans l’emploi (3), en particulier dans un marché de l’emploi tendu, les pratiques dites de « soutien à l’emploi »  (supported employment) suscitent un regain d’intérêt en raison de leur meilleure efficacité en termes d’accès à l’emploi, selon les résultats convergents de nombreuses études (4). Elles reposent sur la stratégie du « place and train », insérer d’abord puis former et soutenir dans le cadre de l’activité de travail. Le job coaching ou emploi accompagné s'appuie sur le modèle IPS (Individual Placement Support), programme « d'insertion dans l'emploi et de soutien individualisé » qui s'est imposé comme modèle de référence pour le champ de la santé mentale. Son objectif vise une insertion directe en milieu ordinaire de travail. De la recherche d’emploi au maintien dans celui-ci, la personne est accompagnée par un intervenant unique, le job coach.

Un parcours réadapté

Parmi les pionniers de cette démarche en France, l’association Messidor, forte de 40 ans d’expérience tente d’essaimer la méthodologie du job coaching au niveau national. En novembre 2016, l’association réalisait un premier bilan positif de son action lors de ses 1ère Assises et mettait en avant un chiffre notamment : 84 % des personnes insérées en milieu ordinaire de travail (parcours de plus de 6 mois) exercent toujours un emploi un an après. « Dès le départ, le principe est présenté aux candidats de façon très claire : la formation est exclue et le but est d’aller vers emploi », explique Christophe Allemand, chargé de mission « Job coach » à Messidor. La phase préparatoire vise à rechercher avec la personne non plus ce qu’elle sait faire, mais ce qu’elle peut faire à partir de ses seules compétences mobilisables sur le moment. « Le candidat est conduit à accepter un parcours potentiellement différent de celui qu’il a connu avant la maladie psychique, en particulier s’il a fait des études », indique Christophe Allemand.
Des entreprise privées jouent elles aussi le jeu, à l’image de la société Andros, qui depuis trois ans, s’est lancée le défi d’intégrer des salariés autistes au sein de l’une de ses usines. Le groupe a déjà recruté sept travailleurs autistes pour l’usine de sa société Novandie, basée à Auneau, en Eure-et-Loir. Son objectif est de pourvoir douze postes à l’horizon 2018.

Une nécessaire éducation collective à la santé mentale

Pour Tim Greacen, directeur du laboratoire de recherche de l’hôpital Maison-Blanche, à Paris, « il faut arrêter de penser qu’on va réhabiliter la personne sans toucher à l’éducation de l’ensemble de la population à la santé mentale. Dans les autres pays, on s’est rendu compte que la moitié des gens dépistés avec une psychose vont bien dix ans plus tard. Ils ont appris à vivre avec. Ces statistiques, on les ignore en France. » S’inspirer d’exemples étrangers, c’est en effet ce qu’a suggéré Josef Schovanec, philosophe, autiste, qui a remis au gouvernement le 16 mars dernier un rapport sur le devenir professionnel des personnes autistes. Il consacre un chapitre entier à ce que les entreprises pourraient faire pour accueillir des personnes autistes. À bon entendeur.

N.S.

 

(*) Les Semaines d’information sur la santé mentale (SISM) se déroulent du 13 au 28 mars 2017 partout en France. La 28ème édition a pour thème « Santé mentale et travail ».

 

Mal-être au travail ? Mythes et réalités sur la santé mentale et l’emploi (2012) – OCDE
Rapport de la Cour des comptes sur l’organisation des soins psychiatriques en France, 2010
Une mission d’information sur la prise en charge du handicap psychique conduite en 2011 par l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) épingle la faiblesse des résultats obtenus en matière d’insertion professionnelle par les « multiples dispositifs » spécialisés.
Selon des évaluations réalisées à l’étranger, le job coaching permettrait deux fois plus d’entrée dans l’emploi, trois fois moins d’abandon de parcours, 30 % en moins de rechute.

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