La formation, un objectif pour l’avenir

Entre 2018 et 2022, 15 milliards d’euros devraient être consacrés à la formation des jeunes et des demandeurs d’emploi. Objectif : adapter les compétences aux besoins d’une économie en mutation.

Dans un rapport* rendu public la semaine dernière, le Conseil d’Orientation pour l’Emploi (COE) admet que « la transformation numérique de l’économie et les progrès de l’automatisation alimentent de profondes évolutions du contenu et de la structure de l’emploi » et que, dans cette période de transition, « l’enjeu majeur est bien d’assurer l’ajustement entre les compétences des actifs et les besoins d’une économie en mutation ».

Un « plan de formation » 2018-2022

Le gouvernement, de son côté, a annoncé un plan d’investissement d’un montant de 57 milliards d’euros sur la durée du quinquennat visant à « accélérer l’adaptation de la France au XXIe siècle ». La formation professionnelle y tient une place de choix avec 15 milliards d’euros consacrés au volet « compétences ». Le gouvernement entend ainsi former un million de « jeunes décrocheurs » très éloignés de l'emploi et un million de chômeurs de longue durée faiblement qualifiés. Une bonne nouvelle quand on sait qu’en France, l'argent de la formation bénéficie principalement aux actifs (61 %), aux jeunes (24 %), et seulement à 15 % aux demandeurs d'emploi. Jean Pisani-Ferry, ancien Commissaire général à la stratégie et à la prospective et auteur du rapport remis au Premier ministre, estime qu’« à l’horizon 2022, 300 000 personnes supplémentaires pourraient être insérées durablement dans l’emploi ». Le plan sera d’ailleurs évalué dès 2019, « par exemple en mesurant les chances d’accès à l’emploi des bénéficiaires six mois après la fin de leur formation », a précisé M. Pisani-Ferry.

France Stratégie, un organisme relevant de Matignon, souligne cependant que « les besoins en com­pé­tences sont com­plexes à iden­ti­fier du fait des mu­ta­tions du tra­vail et les po­li­tiques me­nées peinent à ré­duire réel­le­ment les dif­fi­cul­tés d’ap­pa­rie­ment ». Force est de constater que les plans massifs de formation et l’élé­va­tion du ni­veau de di­plôme ont eu peu ou pas de prise  sur le taux de chô­mage. Ce taux est no­tam­ment resté stable entre 2013 et 2014, alors que celui de l’em­ploi va­cant aug­men­tait for­te­ment. Autre constat : la formation ne favorise le retour à l’emploi que de certains publics et en­traîne une dégrada­tion re­la­tive de l’in­ser­tion des moins di­plômés.

Quelle gestion des compétences ?

Afin d’amé­lio­rer l’ap­pa­rie­ment entre offre et de­mande de tra­vail, « il est né­ces­saire d’améliorer la qualité de la gestion des ressources humaines des en­tre­prises pour fa­vo­ri­ser l’identification des besoins en compétences grâce à des ou­tils adap­tés », insiste France Stratégie. Aujourd’hui, 44 % des tra­vailleurs ont un ni­veau de diplôme qui ne correspond pas à l’em­ploi oc­cupé. 31 % sont sur­qua­li­fiés (en­vi­ron 22 % de moyenne UE) et 14 % sont sous-qua­li­fiés (en­vi­ron 12,5 % de moyenne UE). De plus, 42 % oc­cupent un em­ploi qui ne cor­res­pond pas à leur spé­cia­lité de for­ma­tion.

Selon le COE, « la formation est l’un des leviers disponibles pour le développement des compétences ». Ce n’est pas le seul. L’organisme plaide pour « une stratégie globale » d’évolution des compétences et propose plusieurs axes de travail : améliorer l’articulation entre les apprentissages (formel, non-formel et informel), réformer le système de certification et la VAE, se doter des outils nécessaires au suivi des parcours, etc.

N.S.

  • * Automatisation, numérisation et emploi, Rapport du COE, Tome 2 : l’impact sur les compétences, Septembre 2017