L’apprentissage : un outil à encore améliorer

Le 10 novembre prochain, quatre groupes de travail commenceront à plancher sur une nouvelle réforme de l’apprentissage. État des lieux.

Le président de la République l’a dit : il veut en finir avec l’image dégradée de l’apprentissage et entend en faire une « filière d’excellence ». Sa ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a d'ores et déjà annoncé qu’il « faudra lever une série de freins et de verrous » et précisé les sujets clés de la réforme : la carte des formations, la simplification du financement et l'orientation. Mais qu’en est-il de l’apprentissage aujourd’hui ?

Le bilan 2016 publié en septembre par la Direction de la recherche du ministère du travail (Dares) le montre. Le nombre d'entrées en apprentissage a progressé de 1,9% l'an dernier pour atteindre 288 700. Mais la situation est loin d'être florissante. Après une quasi-stagnation en 2015, le secteur privé a progressé de 1,2% seulement. Le nombre de nouveaux embauchés en apprentissage a atteint 275 258, soit peu ou prou le même niveau qu’il y a 10 ans et 30 000 de moins que le record de 2012. Un signal positif toutefois, après une chute de plus de 11% en 2013 et 2014 et la quasi-stagnation de 2015. Et si la hausse du nombre d'apprentis dans le public a été exceptionnelle (+64,7%), c'est parce qu'il est historiquement très bas : en 2016, la Dares a décompté seulement 13 400 nouveaux contrats.

Moins d’apprentis en dessous du bac

Un examen plus qualitatif des nouveaux contrats d'apprentissage montre que la reprise de leur progression en 2016 s'explique par le succès croissant des formations en alternance post-bac. Les embauches d’apprentis préparant un diplôme de niveau bac +2 ou plus (I à III) sont en hausse (+5,3%), tandis que les entrées en formation de niveau CAP (V) et baccalauréat ou brevet professionnel (IV) sont en baisse (respectivement de -1,3% et de -1,1%). Cette tendance, qui accompagne le développement de l'apprentissage dans les entreprises de plus de 50 salariés, masque en réalité un phénomène inquiétant : la baisse importante des entrées en apprentissage en dessous du bac. Une baisse qui « s’inscrit dans une tendance de long terme », souligne l’organisme statistique. En effet, depuis 2008, le nombre d’entrées d’apprentis au niveau secondaire baisse de 24% quand le nombre d'étudiants du supérieur s'engageant dans l'apprentissage est en augmentation de 48%.

Favoriser l’insertion professionnelle

La première explication des auteurs tient à l'âge des élèves en 3e (80% ont entre 14 et 15 ans  contre 66% il y a 10 ans), conséquence de la chute du nombre des redoublements depuis 20 ans. Le recul des jeunes du secondaire s'explique aussi par une baisse de la demande des entreprises. Les auteurs de l'étude ont analysé huit groupes de métiers qui emploient la plupart des apprentis (bâtiment, coiffure, serveurs, artisans...). La part d'apprentis dans l'effectif des jeunes salariés de ces métiers est pratiquement constante. S'ils sont moins nombreux, c'est donc que les entreprises recrutent moins de jeunes, quelle que soit la nature de leur contrat de travail.

À l’heure de la réforme, ces éléments de bilan devraient alerter les pouvoirs publics sur les orientations à donner à l’apprentissage afin qu’il devienne un véritable outil d’insertion professionnelle des jeunes, notamment des non-diplômés. Dans l’édition 2016 de son enquête « Quand l’école est finie, Premiers pas dans la vie active de la génération 2013 », le Cereq note que « près de 40% des jeunes de cette génération sont en recherche d’emploi après trois ans de vie active et 12% sont inactifs ». Du grain à moudre pour ceux qui se pencheront bientôt sur l’avenir de l’apprentissage.

N.S.