Les femmes à l’assaut des métiers d’art

Les femmes sont de plus en plus nombreuses à investir les métiers de l’artisanat d’art, le plus souvent à la faveur d’une reconversion professionnelle.

De plus en plus de femmes s’installent à leur compte en tant que bijoutières, céramistes, maroquinières, etc. D’après les données du dernier recensement, la part des femmes artisan d’art est ainsi passée de 23% à 39% entre 1990 et 2009. Les artisanes d’art sont plus jeunes que les artisans d’art. Elles sont âgées de 49 ans en moyenne, contre 52 ans pour les hommes. Elles sont également plus diplômées que les artisans d’art, mais aussi d’origine sociale plus élevée et vivent principalement en milieu urbain.

Reconversion professionnelle

Selon Anne Jourdain, auteure de l’étude intitulée Des artisans d’art aux artisanes d’art, ce que le genre fait aux métiers d’art indépendants*, cette féminisation des métiers d’art qui s’est accélérée ces dernières années serait le fait de cadres majoritairement qui « décident ainsi vers l’âge de 35-40 ans d’abandonner leur carrière, leur rémunération et leur statut de salariés pour exercer en tant qu’indépendants un métier d’art réputé incertain et peu rémunérateur ». L’enquête, qui a porté sur un échantillon de 947 artisans d’art à parité homme-femme, révèle que 63% des artisans d’art sont des reconvertis. « La plupart d’entre eux exerçaient auparavant une profession prestigieuse et rémunératrice », note Anne Jourdain : 34% étaient cadres ou exerçaient une profession intellectuelle supérieure, 34% relevaient des professions intermédiaires.

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer cette féminisation de l’artisanat d’art : l’élévation du niveau d’étude des femmes et l’augmentation de leur taux d’activité depuis les années 1960, la féminisation des pratiques culturelles, les multiples dispositifs visant aujourd’hui à favoriser « l’entrepreneuriat au féminin » ou encore le phénomène actuel des « mompreneurs », ces femmes qui, devenues mères, créent une activité indépendante. Néanmoins, si certaines d’entre elles voient dans le statut d’indépendant un moyen de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle, la majorité conçoit son activité professionnelle comme artistique plutôt qu’artisanale.

Une autre façon d’entreprendre

Les artisanes d’art entretiennent un rapport à l’indépendance très différent de celui des hommes : « pour les artisans d’élite, le métier d’art est une histoire de famille ; pour les créatrices, il est plutôt vécu comme un moyen d’accomplissement de soi et de sa singularité », précise Anne Jourdain.

Globalement, les artisanes d’art ne s’orientent pas vers les mêmes métiers d’art que les hommes et, par conséquent, occupent des marchés distincts et gèrent différemment leur entreprise. Elles investissent les métiers d’art « avec leurs manières spécifiques d’agir, de penser et de sentir », note Anne Jourdain

Ainsi, les métiers du bois, du métal, de la pierre, ou encore de la facture instrumentale, sont aujourd’hui davantage exercés par des hommes tandis que ceux de la céramique, de la décoration et de la mode, auparavant essentiellement exercés par des hommes, apparaissent désormais comme plutôt féminins.

Les artisanes d’art consacrent, par ailleurs, moins de temps que les artisans d’art à leur entreprise, que ce soit pour la gestion ou pour la production : 47 heures par semaine en moyenne pour les femmes contre 52 heures pour les hommes.

N.S.

 

(*) Dares, Travail et Emploi n° 150, 2017