Les salariés de l’industrie du futur

Avec la révolution numérique, les entreprises recrutent des salariés de plus en plus qualifiés. Le système français de formation n’est pas toujours adapté à la demande.  

Les différentes vagues de robotisation et la digitalisation des processus de production ont eu un impact considérable sur la structure de l’emploi industriel. Avec l’automatisation, les postes les plus disqualifiés sont en effet en train de disparaître. Globalement, la modernisation de l’appareil de production a conduit à une montée en compétences globale des salariés, du simple opérateur à l’ingénieur R&D.

C’est le cas notamment au sein du groupe Poclain Hydraulics. Alain Everbecq, son DRH, souligne que « les ingénieurs de nos bureaux d’étude doivent désormais, en plus de leurs connaissances des techniques hydrauliques, pouvoir utiliser des outils numériques comme la CAO, la conception assistée par ordinateur ». A l’échelon inférieur, « n’importe quel opérateur doit maîtriser la programmation numérique des machines. Ce ne sont plus de simples manutentionnaires », poursuit-il. Avec la digitalisation et la robotisation, les salariés abandonnent donc les tâches répétitives et exécutives au profit des tâches de pilotage, de conception et de maintenance. Une évolution qui bouleverse l’organisation du travail. D’après Tristan Colas, Directeur de la formation au sein du groupe Socomec, « on demande maintenant aux salariés de résoudre des problèmes, d’être autonomes, de travailler en équipe ». Par ailleurs, la rapidité de ces évolutions technologiques impose une mise à jour régulière des connaissances. Conséquence, il est aujourd’hui attendu des salariés de l’industrie  qu’ils s’adaptent en permanence. Tahar Melliti, Président de Alliance Industrie du Futur, qui réunit les organisations professionnelles de l’industrie et du numérique, assure que « cette faculté à s’adapter va être primordiale à l’avenir ». Enfin, comme la digitalisation s’accompagne de la mondialisation, les salariés de l’industrie 2.0 doivent dorénavant parler les langues étrangères. « Chez Poclain, excepté peut-être les opérateurs, nous n’embauchons plus que des personnes à l’aise en anglais», explique le DRH.

Le profil des salariés de l’industrie est donc en train d’évoluer. Géraldine Andrès est Responsable Emplois & Talents chez Schmidt groupe, le concepteur, fabricant et distributeur de cuisines équipées. Il explique qu’aujourd’hui, l’entreprise « recrute moins des menuisiers que des ingénieurs en automatisme industriel et des techniciens de maintenance ». Problème, cette montée en compétences s’accompagne d’un effet d’entonnoir et donc de difficultés de recrutement pour les entreprises. Géraldine Andrès explique que Schmidt groupe recherche « parfois des profils avec des compétences trop ciblées. Comme des techniciens qui savent parler allemand et qui peuvent dialoguer directement avec notre fournisseur en Allemagne. Dans ces cas là, les candidats peuvent se faire rares ». Alain Everbecq fait le même constat : « il y a en France une grande pénurie d’ingénieurs, de techniciens et d’opérateurs ». La faute au système de formation français ? Pas impossible. Thomas Bidet-Mayer, chef de projet pour le think tank La Fabrique de l’industrie, rappelle qu’ « en 2014,  les besoins des entreprises en termes de Data analyst étaient de 10 000 salariés alors que seuls 300 diplômés sortaient des écoles d’ingénieurs ». Pour Alain Everdecq, il est clair que le système français est défaillant : « nous formons bien les jeunes mais nous n’en formons pas assez. On ne met pas assez le paquet sur l’apprentissage par exemple. D’autre part, on ne suscite pas assez de vocation chez les filles, qui répugnent encore à se lancer dans des filières techniques et industrielles. Chez Poclain par exemple, seuls 18% de nos salariés sont des femmes. »

 

Lou-Eve Popper

 

  • Evolution des relations de travail dans les entreprises, gestion des ressources humaines, décryptage des tendances...retrouvez chaque semaine sur Emploi Parlons Net un article écrit en partenariat avec la rédaction de Liaisons Sociales.