Marché du travail : comment attirer les talents ?

La France devrait moderniser et renforcer le pilotage de l’immigration professionnelle pour attirer les talents, selon un récent rapport de l’OCDE.

La France doit-elle aller chercher des talents à l’étranger ? C’est ce que préconise l’OCDE pour mieux répondre aux besoins du marché du travail, dans son étude « Le recrutement des travailleurs immigrés en France », rendue publique le 20 novembre.

En 2016, environ 28 000 premiers titres ont été octroyés pour motif économique, dont environ 6 000 régularisations et 13 000 changements de statut, principalement des étudiants. En comparaison internationale, notre pays est « à la quinzième place, sur 24, des pays de l’OCDE en nombre d’immigrés professionnels permanents par habitant », précise l’un des auteurs du rapport, Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales de l’OCDE.

 

Ajuster l’offre et la demande

L’immigration familiale et les ressortissants de l’Union européenne contribuent chacun au moins deux fois plus au marché du travail que les migrations professionnelles originaires de pays tiers. Ainsi, chaque année, plusieurs milliers de sans-papiers, travaillant dans la construction ou la restauration notamment, sont régularisés pour motif économique (5 000 en 2015, 6 400 en 2016). « Cela pose la question de l’efficacité des instruments existants pour filtrer les demandes d’autorisation de travail en fonction des besoins réels du marché du travail, notamment concernant les métiers peu qualifiés », s’interroge le rapport. Pour l'OCDE, il faut améliorer les outils ajustant l'offre et la demande de travail. Il est ainsi « crucial » d'actualiser la liste des métiers « en tension » (où il n’y a pas assez de candidats), inchangée depuis 2008, et où seuls « 15% seraient encore en tension » aujourd'hui. Des métiers comme conducteurs de travaux ou directeurs de chantier dans le BTP, informaticien d’études ou installateur-maintenicien en ascenseurs ne sont plus en tension nulle part en France. À l’inverse, « des métiers structurellement en tension depuis dix ans ne sont pas sur la liste », comme conseil clientèle en assurances, représentant auprès de particuliers ou encore des métiers « protégés » comme kiné, orthophoniste, etc. Bref, recommande Jean-Christophe Dumont, « il faut moderniser les instruments de politique publique pour qu’ils répondent en temps réel aux besoins du marché du travail ».

 

Accompagner les PME

En dépit de ses atouts, l’Hexagone semble souffrir d’un déficit d’attractivité pour certaines catégories de travailleurs hautement qualifiés. Afin de pallier ce problème, la France a adopté en 2016 le Passeport talent, une carte de séjour d’une durée maximale de 4 ans, à destination en priorité de profils hautement qualifiés, de porteurs de projets de créations d’entreprises, mais aussi d’artistes. Un dispositif qui va dans le bon sens mais « ne répond pas totalement » au problème. « C’est un outil débutant intéressant, estime Jean-Christophe Dumont, mais, pour qu’il marche, il va falloir en faire la promotion auprès des employeurs et des migrants. » En effet, le dispositif n'a pas été assez pensé pour les PME, moins informées et manquant de moyens par rapport aux grandes entreprises selon l'OCDE. Il faut aussi « s'assurer que le potentiel des étrangers diplômés en France est bien utilisé », ajoute le rapport, qui souligne leurs difficultés d'insertion sur le marché du travail, alors même que « plus d'un tiers » restent en France après leurs études.

N.S.

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