Cap sur l’entrepreneuriat senior

Vieillissement de la population oblige, la révolution des entrepreneurs seniors est en marche. Pour le grand bien des économies française et européenne.

Les seniors entrepreneurs seraient-ils en train de prendre le pouvoir ? Selon un rapport du Global Entrepreneurship Monitor (GEM) portant sur des données collectées entre 2009 et 2016, le nombre d’entrepreneurs de plus 50 ans dépasse pour la première fois celui des entrepreneurs de moins de 30 ans.  18 % des adultes entre 50 et 64 ans et 13 % des 65-80 ans sont des travailleurs autonomes, contre seulement 11 % des jeunes de 18 à 29 ans, précise le rapport. Soit une proportion de seniors entrepreneurs identique à celle constatée chez les actifs de 30 à 49 ans (18 %). Le rapport du GEM souligne que, les programmes d’accompagnement étant majoritairement ciblés vers les jeunes entrepreneurs, un rééquilibrage vers les seniors contribuerait à doper le nombre d’entrepreneurs dans cette tranche d’âge.

Les seniors sous-utilisés en Europe

À l’instar du slogan de l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE), Mike Herrington estime qu’ « il n’y a pas d’âge pour créer sa boîte ». Selon le directeur général du GEM, « alors que la perception traditionnelle de l’entrepreneuriat est celle d’une activité portée par des jeunes, les données nous montrent qu’à bien des égards, les personnes âgées sont une force entrepreneuriale importante. Mais une force négligée et sous-utilisée ». Une réalité qui se vérifie particulièrement en Europe où les taux de seniors entrepreneurs sont encore bas : à peine 4 % pour ceux qui ont déjà créé leur entreprise et 6 % pour ceux qui prévoient de le faire dans les trois prochaines années. Au contraire, l’Afrique subsaharienne affiche des taux record (respectivement 19 % et 35 %), juste devant l’Amérique latine (14 % et 27 %) et les pays du Moyen-Orient (7 % et 23 %).

Si l’Europe traîne les pieds aujourd’hui sur l’entrepreneuriat des seniors, elle sera pourtant contrainte d’y venir. Touchée davantage que l’Afrique par le vieillissement de sa population, elle pourrait bien voir dans le « silver entrepreneuriat » une solution à certains de ses maux. « Avec approximativement 16 % de la population mondiale âgée de plus de 55 ans, l’activité entrepreneuriale à un âge avancé touche directement 1,2 milliard de personnes », explique Thomas Schott, professeur en entrepreneuriat à l’Université du Danemark du Sud et auteur principal du rapport.

Créer son propre emploi

Dans l’Hexagone, on dénombrait 836 000 demandeurs d’emplois de 55 ans ou plus en mars 2017. Or, face à un marché du travail peu accessible à ce public économiquement fragile, « la création de sa propre activité constitue une réponse pertinente pour une population qui dispose d’atouts indéniables : expérience professionnelle, savoir-faire, compétence, responsabilité », note l’ADIE dans une de ses publications récentes. Il faut, pour ce faire, « créer les conditions de  la création de son propre emploi », encore trop peu développées (180 000 créateurs de plus de 45 ans sur un potentiel estimé à 2 millions), selon l’association créée par Maria Nowak en 1989. Le défi consiste à « lever les freins qui ralentissent le passage à l’acte pour ces personnes fragiles : le manque de capital au départ et le manque de connaissance en création d’entreprises ».

En France, chaque année, près de 90 000 seniors franchissent le cap de la création d’entreprise selon l’Agence France Entrepreneur. « Entreprendre en fin de carrière ou après la retraite est une option facilitée par le réseau professionnel et l’expérience acquise, atouts qui sont propres aux actifs d’un certain âge », explique l’organisme public.  Pour Thomas Schott, « il est temps que nous arrêtions de penser cette tranche démographique comme un poids, que nous la reconnaissions plutôt comme un atout et que nous travaillions à faire tomber les barrières pour libérer le potentiel de cette force ».

N.S.

  • Le rapport de Global Entrepreneurship Monitor au sujet des seniors