Le design s’empare des mutations du travail

Les designers sont devenus incontournables dans les stratégies de développement et d’innovation des entreprises. Ils envahissent désormais les domaines de l’urbain, du social, du collaboratif. Bilan à la Biennale de Saint Etienne consacrée aux mutations du travail liées au numérique et dans le livre qui va avec, « Working Promesse »

Quand les designers s’emparent de l’impact du digital et des mutations du travail, cela donne une des expositions les plus créatives, les plus critiques et les plus constructives qui soient. La Biennale internationale du design de Saint Etienne réunit 9 grandes écoles d’art et de design, 9 laboratoires mobiles d’entreprises, une quinzaine de projets industriels, une ville invitée (Detroit) et une foule d’étudiants malins et artistes dans un immense bâtiment stéphanois, celui de l’ancienne manufacture d’armes.

Une Biennale présentant le design au sens large

Le design, ce n’est pas uniquement de l’objet. Depuis quelques années sont apparus des designers qui se mêlent de tout. Ils sont 35 000 en France à travailler pour l’industrie (le luxe, le numérique, l'automobile, l'aéronautique ou l'Internet des objets sont les principaux recruteurs du secteur), mais aussi, de plus en plus, à élaborer leurs projets propres,  en particulier des projets collaboratifs urbains à mi-chemin entre l’architecture et l’urbanisme. Les start-up de design se multiplient et agissent très souvent en lien avec les collectivités comme acteurs du territoire.

La thématique du travail comme fil rouge

L’exposition « Working Promesse » se déroule sur dix lieux, donnant à voir tantôt un « best of » des métiers du design, tantôt un délire corrosif sur « la gueule de l’emploi » ou encore, entre autres, une sorte de Monopoly des jobs pourris. Dans l’un de ces lieux, les designers montrent comment les foyers ont toujours été des « terminaux industriels » et comment ces lieux deviennent de plus en plus, avec le digital et la connectivité, des paradis pour l’innovation et les designers. On y imagine même, ironiquement, le travailleur horizontal : un lit qui se transforme en bureau de travail est exposé, et plus loin on imagine une œuvre à partir des classements des métiers issus des sites de recrutement numérique.

Zoom sur les nouvelles collaborations autour du design

La question au cœur de la Biennale est de savoir comment les mutations en cours entrainent de nouvelles collaborations, comment les projets peuvent naître et se partager, comment les vies sont influencées par ces mutations et surtout, quels sont les espoirs dans le travail : « Le design est un outil de mise en forme de la modernité, explique Olivier Peyricot, le directeur scientifique de la Biennale. Or nous sommes en train de quitter la période de confort de la modernité pour une grande période d’instabilité…. Le design lui aussi mute : il passe de l’illustration du projet moderne par le design de beaux objets à un design de service, un design critique ou un design social ».

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  • Working promesse. Les mutations du travail. Xème biennale du design de Saint Etienne. 254 pages. 28 €