Le défi des compétences

Accroître les compétences de la population active est devenu le nerf de la guerre pour la compétitivité et l'emploi. Plusieurs études récentes sont venues enfoncer le clou. Encore faut-il que l'appareil éducatif et de formation suive.

Face aux difficultés de recrutement qu'elles rencontrent, les entreprises ont décidé de passer à l'action. En témoigne la dernière enquête annuelle sur la pénurie de talents publiée par le groupe de services en ressources humaines ManpowerGroup. Interrogés sur les solutions mises en œuvre pour remédier à la pénurie de talents, les chefs d’entreprise français indiquent privilégier la formation et le développement des compétences de leurs salariés en poste (35 % alors qu’ils n’étaient que 7 % à le faire en 2015). De son côté, LinkedIn s’est donné un nouvel objectif : aider les entreprises à rester compétitives. Pour les accompagner dans la mise à jour des compétences de leurs salariés, le réseau social proposera bientôt aux responsables formation de créer des parcours personnalisés, à partir de la librairie de LinkedIn Learning. Il leur suffira de piocher parmi les 9000 cours disponibles et de ne retenir que ceux qui sont les plus pertinents au regard de leurs besoins de formation, mais aussi de leur culture d’entreprise. Les responsables formation pourront même recommander des contenus pour leurs salariés. 

Développer les compétences transférables

La formation tout au long de la vie serait-elle devenue l'alpha et l'omega de la compétitivité et de l'emploi ? Selon Mara Swan, vice-présidente exécutive « Global Strategy and talent » de ManpowerGroup, « l'employabilité dépend moins de ce que vous savez déjà que de votre capacité à apprendre, à appliquer et à vous adapter ». France Stratégie pointe de son côté deux enjeux majeurs pour la prochaine décennie : l’acquisition de compétences tout au long de la vie et la reconnaissance des compétences acquises dans le travail, notamment celles génériques ou transversales permettant aux actifs d’exercer différents métiers ou d’évoluer dans différentes branches professionnelles. « Cela peut passer par la mise en œuvre de dispositifs individualisés d’accès à la formation continue et d’accompagnement des individus dans leur démarche de reconversion professionnelle, mais également par une meilleure reconnaissance des compétences acquises en situation de travail de manière à les rendre portables », précise Hélène Garner, directrice du département travail, emploi, compétence. Un avis que partage Dominique Gillier, rapporteur de l'avis du Cese (1) sur les certificats de qualifications professionnelles (CQP) : « Il y a nécessité de développer une logique de transférabilité, avec le développement de certificats valables dans plusieurs branches, mais aussi avec la modularisation des certifications en blocs de compétences, dont certains pourraient dès lors être communs à plusieurs certifications professionnelles ».

Un système éducatif et de formation à repenser

Notre système d'éducation et de formation est-il adapté dès lors pour accompagner les évolutions du marché du travail ? Les chiffres donnent, à eux seuls, la mesure de l'effort à consentir pour relever le défi. Selon la dernière évaluation PIAAC (Programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes) de l'OCDE (2), 21,6 % des « adultes » (16-65 ans) en France auraient un faible niveau de compétence dans le domaine de l’écrit. Ces résultats sont moins bons que la moyenne des 24 pays participants de l’OCDE (15,5 % au total). Seules l’Italie (27,7 %) et l’Espagne (27,5 %) comptent des proportions plus importantes d’adultes ayant un faible niveau dans le domaine de l'écrit. Dans le domaine des chiffres, 28 % des adultes en France ont un faible niveau de compétence. Par rapport aux autres pays, la France se classe un peu mieux pour ses jeunes adultes : les 16-24 occupent en effet la 19e place dans le domaine de l’écrit et la 16e dans le domaine des chiffres (contre respectivement la 22e et la 21e places pour l’ensemble des 16-65 ans).

Selon l'OCDE, environ 40 % des travailleurs dans le monde occupent un emploi dans un secteur sans lien avec leur domaine d’études. Or, « l’inadéquation entre les compétences des travailleurs et les exigences de leur emploi a des implications économiques potentiellement significatives », note l'organisme. Au niveau individuel, elle affecte la satisfaction professionnelle et la rémunération. Au niveau de l’entreprise, elle augmente le taux de rotation du personnel et peut grever la productivité. Au niveau macro-économique, elle augmente le chômage et affaiblit la croissance du PIB « en gaspillant le capital humain et en diminuant la productivité ». Il est plus que temps de valoriser et accroître, à tous les moments de la vie, les compétences pour assurer à chacun un épanouissement individuel et à tous la prospérité économique.

NS

(1) Les certificats de qualification professionnelle (CQP), avis du Cese, JORF, 22 septembre 2016

(2) Résultats de l'enquête PIAAC 2012, Insee Première n° 1467, octobre 2013

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