La transition énergétique, mécaniquement créatrice d’emplois

Avec la loi sur la transition énergétique votée en juillet qui donne un cadre législatif aux investissements, la croissance verte doit soutenir la création d’emplois dans de nouveaux métiers.

A l’occasion de l’adoption définitive par l’Assemblée nationale, le 22 juillet 2015, de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte portée par Ségolène Royal et promulguée le 18 août, la ministre de l’Ecologie a rappelé que le nouveau modèle énergétique français devait créer «  à court terme » 100.000 emplois. Avec, pour les gros bataillons des nouveaux emplois, le secteur du bâtiment grâce aux chantiers de rénovation, et tous les secteurs de l’efficacité énergétique.

Dans son discours, la ministre de l’Ecologie a préféré ne pas fixer de délai précis. On évoquait volontiers, jusqu’à présent, une durée de trois années pour créer ces 100.000 nouveaux postes. Mais compte tenu de la persistance d’une hausse du chômage en France qui déjoue les prévisions gouvernementales, mieux valait ne pas prendre date.

Engagements des collectivités

Pour justifier son optimisme, Ségolène Royal a pu s’appuyer sur les engagements pris fin juillet par 528 collectivités pour mobiliser les énergies sur la voie d’une croissance verte, et sur les 209 conventions signées par 150 territoires pendant le débat parlementaire. Autant de programmes en gestation qui se traduiront en nouveaux emplois.

Reste à savoir lesquels. Car l’émergence d’emplois verts passe par la valorisation de nouveaux métiers, dont la liste a déjà été dressée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et la revue Terra Eco.

Il n’est pas toujours facile de repérer ces nouveaux métiers, ni de comptabiliser les emplois créés.  Déjà, en 2013, l’Observatoire national des emplois et métiers de l’économie verte chiffrait à plus de 450.000 le nombre de postes en équivalent temps plein dans les éco-activités. Avec par exemple, pour la seule année 2011, une progression de plus de 6% du nombre d’emplois dans cette filière.

Mais compte tenu de la dégradation continue du marché du travail, on peut s’interroger sur la nature de ces emplois : nouveaux emplois ou emplois anciens dont le périmètre a été adapté à une croissance verte ? postes nouveaux ou anciens postes requalifiés pour tenir compte de l’évolution sémantique ?

Projections ambitieuses

Les projections font état de créations fort ambitieuses. Sur la base des chiffres de l’association négaWatt qui prévoit un développement massif des économies d’énergie et des énergies renouvelables entre 2012 et 2050, le Centre international de recherches sur l’environnement et le développement (CIRED) avait estimé en 2013 à 240.000 le nombre d’emplois (équivalent temps-plein) qui pourraient être créés d’ici à 2020, et 630.000 d’ici à 2030.

On peut aussi se référer à une prévision de l’Ademe qui, s’appuyant sur une étude de l’Office français des conjonctures économiques (OFCE), tablait la même année sur « près de 317.000 créations d'emplois d'ici à 2030, 800.000 d'ici à 2050 ».

On ne doute pas que la transition énergétique créera des emplois. A quel rythme ? La prudence reste de mise. Ainsi, en 2010, le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) dans son rapport sur « Croissance verte et emploi » soulignait que l’impact du prix des énergies fossiles sur le volume d’emplois créés : « avec un baril à 120 dollars, le nombre des emplois induits créés grimperait à 465.000 environ tandis qu’avec un baril à 40 euros, l’effet devient négatif (destruction de 185.000 emplois) ».

Pour aller plus loin : Découvrez les emplois de la croissance verte sur le site de Pôle emploi

L’impact du prix du baril

Le prix du baril est tombé sous les 50 dollars après avoir flirté avec les 40 dollars, à moins de la moitié des niveaux de juin 2014. Autrement dit, si l’on se réfère aux modèles retenus par le COE, les prévisions du CIRED et de l’Ademe mériteraient de lourdes actualisations.

La durée pendant laquelle le prix du pétrole va demeurer à son niveau actuel sera déterminante pour la promotion des économies d’énergie, des énergies de substitution et de la croissance verte. Le temps, en l’occurrence, peut jouer contre la croissance verte.

Ce n’est toutefois pas le seul facteur à prendre en considération. Quel que soit le prix du baril, l’économie française a tout intérêt à limiter sa dépendance aux hydrocarbures. Les incertitudes sont profondes, concernant la situation au Moyen Orient, en Russie, aux Etats-Unis avec les huiles de schiste et même dans l’Arctique où différents pays revendiquent leur droit d’engager des exploitations off-shore. Tous ces paramètres géopolitiques induisent des risques auxquels mieux vaut ne pas être trop exposés.

Lutte contre  le réchauffement

Dans ces conditions, la transition énergétique se justifie  pour un pays comme la France. Elle reste une priorité dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, et une nécessité pour améliorer l’indépendance énergétique de la France (de l’ordre de 51% aujourd’hui, nucléaire compris). Son succès dépendra surtout de la volonté politique pour la faire progresser.

Les prévisions, qui servirent également aux travaux de la Conférence environnementale de novembre 2014, devront probablement être révisées. Mais même dans cette hypothèse, la croissance verte, si elle reste une priorité politique pour l’actuel gouvernement et ceux qui lui succéderont, sera créatrice de nouveaux emplois. François Hollande, à cette conférence, a engagé tout son gouvernement dans cette voie. Huit mois plus tard, en juillet, la représentation nationale a suivi. La direction est tracée.

Le Premier ministre Manuel Valls et sa ministre de l’Ecologie Ségolène Royal ont établi une feuille de route pour la 21econférence des Nations Unis sur le climat en décembre 2015 à Paris. Si elle est respectée, les efforts de la France en faveur de la transition énergétique à l’occasion de cette grand’messe internationale donneront un coup de fouet aux métiers de la croissance verte.  Et des débouchés pour les jeunes qui s’y intéressent. Ils sont nombreux dans ce cas. Tant mieux.

Gilles Bridier

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