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Marché du travail

Absence de formation et Smic, deux freins à l’emploi

La formation constitue le meilleur atout contre le chômage. Pour les secteurs qui offrent des débouchés aux personnels non qualifiés, le coût du travail reste le principal obstacle.

L’expression « passe ton bac d’abord ! » est toujours d’actualité. Même si l’étudiant d’aujourd’hui doit viser plus haut pour décrocher sans difficulté son premier poste.

Ainsi, 31% des non diplômés sont au chômage contre 14% des diplômés de l’enseignement secondaire et 8% de l’enseignement supérieur. Selon l’Observatoire des inégalités, le taux de chômage est trois fois plus élevé chez les candidats sans formation  que chez les titulaires d’un diplôme niveau bac+2 (voir graphique).

Même si la formation reste un bon pare-feu contre le chômage, tous les diplômes n’offrent pas les mêmes débouchés, ni les mêmes perspectives d’évolution. Le domaine d’études joue un rôle déterminant au cours des premières années. Les titulaires d’un master en sociologie, psychologie ou art ont plus de mal à trouver un emploi et se retrouvent, pour un tiers d’entre eux, à temps partiel sans que ce soit un choix (pour 40% d’entre eux).

Mécanique, électronique et génie civil en tête

Certains domaines d’études se trouvent sur des segments saturés du marché du travail. Les titulaires de CAP-BEP en gestion ou en comptabilité ont du mal à décrocher un emploi en phase avec leur formation. Selon l’INSEE, plus de la moitié de ceux qui obtiennent un poste deviennent ouvriers, employés de commerce ou personnels de services aux particuliers.

Le choix du secteur fait aussi la différence. Ainsi, les titulaires de CAP-BEP dans la production, c’est-à-dire la mécanique, l’électronique, la cuisine ou le génie civil, trouvent plus facilement un emploi que ceux issus de filières telles que le textile, le commerce, la communication ou le secrétariat. Ils obtiennent en outre des salaires plus élevés.

Les diplômés du supérieur en sciences, en production, informatique ou santé obtiennent des débuts de carrière favorables. En tête de liste, on retrouve les diplômés d’école d’ingénieurs ou de commerce qui gagnent un salaire médian supérieur à 2300 euros, contre un salaire médian de l’ensemble de la population totale de 1380 euros (base 2009).

Enfin, le taux de chômage est quasiment nul (2%) pour les candidats titulaires de doctorats en médecine ou pharmacie. Ils bénéficient d’un salaire médian au cours des dix premières années de la vie active de 2570 euros.

Des besoins dans le tertiaire

Cependant toutes les entreprises n’ont pas exclusivement besoin de diplômés. Les emplois à pourvoir ne requièrent pas tous des formations longues ou très spécifiques. Mais l’obstacle vient alors pour beaucoup du coût du salaire minimum qui expose davantage les non-qualifiés au risque de chômage. Car la France affiche le salaire minimum le plus élevé au monde indiquent Sylvain Catherine (HEC Paris), Augustin Landier (Ecole d’économie de Toulouse) et David Thesmar (HEC Paris) dans l’étude Marché du travail, la grande fracture, publiée en février 2015 par l’Institut Montaigne.

Dans les PME, près d’un quart des salariés sont non-diplômés ou titulaires d’un certificat d’études (CEP). Rappelons que ce sont les petites et moyennes structures qui embauchent en France. Ces entreprises décident de recruter un candidat uniquement si celui-ci leur rapporte plus que qu’il ne leur coûte. En termes plus économiques, il faut que le salaire corresponde à la productivité du salarié. Nombreux sont ceux qui réclament un allègement des charges sociales patronales pour accroître le degré d’employabilité des salariés sans qualification.

D’autant que le secteur tertiaire, consommateur d’emplois de services non qualifiés, pourrait offrir des débouchés nombreux. Pour les auteurs de la note de l’Institut Montaigne, il faut diminuer le coût du travail des salariés non-diplômés. Et d’ajouter, « plus de la moitié de notre chômage serait éliminée si nous avions le même nombre d’emplois par tête dans l’hôtellerie-restauration et le commerce que les Etats-Unis. Si la France pouvait créer autant d’emplois par tête dans l’éducation et la santé que les Etats-Unis, cela induirait la création de plus de 500 000 emplois. »

Réformer le salaire minimum

Selon le tout récent prix Nobel français d’économie, Jean Tirole (Ecole d’économie de Toulouse) , « il y a un certain consensus dans le monde pour dire que le système français est une machine à fabriquer le chômage et l’exclusion. A force de trop protéger, on ne protège plus personne ».

Le niveau du SMIC constitue un frein pour les entreprises qui souhaitent embaucher des candidats sans formation. Aussi pour permettre à ceux-ci d’accéder plus facilement à l’emploi, nombreux sont ceux qui prônent une réforme du salaire minimum, en écartant les questions idéologiques, pour se concentrer uniquement sur des objectifs concrets de réduction du chômage.

La première piste  évoquée concerne le SMIC jeunes. Les 15-29 ans étant la classe d’âge à avoir le plus de mal à intégrer le marché de l’emploi, la mise en place d’un salaire minimum spécifique, incluant des allègements de charges, pourrait permettre de les rendre plus attractifs à l’embauche. Ensuite, le coût de la vie variant d’une région à une autre, ne serait-il pas plus efficace d’envisager une régionalisation du SMIC ? Enfin, pour que le frein que constitue le manque de qualification ne reste pas un handicap tout au long de la vie active, il faudrait développer la formation professionnelle pour les salariés payés au SMIC.  Mais, cette dernière solution s’inscrit sur le long terme.

Stéphanie Villers

Mis à jour le 27 juin 2022 • Publié le 27 juin 2022

Mis à jour le 31 mars 2022 • Publié le 31 mars 2022