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Economie sociale et solidaire : une alternative de carrière

Coopératives et associations représentent un secteur économique non négligeable. Et offrent bien des possibilités de débouchés.

Pas très « fun » l’économie sociale et solidaire (ESS) ? Coopératives,  fondations et associations pèsent pourtant d’un bon poids dans l’économie. Mais leurs valeurs humanistes et démocratiques leur confèrent une image « bisounours », loin des codes habituels de la réussite.

En outre, on ne parle des Scop (sociétés coopératives ouvrières de production) que lorsqu’une entreprise en difficulté est reprise par ses salariés suivant ce modèle. Ce ne sont pas les salariés de Scop-ti, à Gemenos, qui ont pu reprendre l’usine d’Unilever d’ensachage de thé et infusions, afin de sauvegarder leurs emplois, qui diront le contraire.

En fait,  l’ESS regroupe toutes les mutuelles, coopératives, fondations et associations actives en France. Soit quelques 230.000 structures, dont les banques et les assurances mutuelles et 2,4 millions de salariés, 12,7% de l’emploi privé, selon le panorama de l’Observatoire de l’ESS .

Pas d’emplois perdus

C’est loin d’être négligeable. Et, comme le souligne Martine Pinville, secrétaire d’Etat chargée du Commerce, de l’Artisanat de la Consommation et de l’ESS au ministère de l’Economie, dans un entretien à la Tribune, « depuis 2000, le secteur n’a pas perdu d’emplois – une preuve de sa viabilité ». Elle rappelle aussi que les emplois à renouveler dans le secteur d’ici à 2020 sont de l’ordre de 600.000.

Pour encourager ce modèle économique, la loi Hamon adoptée en 2014  a élargi la notion d’économie sociale et solidaire aux sociétés commerciales d’utilité sociale, sous le nom de « entreprise solidaire d’utilité sociale ». Un statut qui s’ajoute à celui des Scop, des Scic (sociétés coopératives d’intérêt collectif, où peuvent être actionnaires non seulement les salariés, mais aussi les clients, partenaires et collectivités) et des CAE (coopératives d’activité et d’emploi).

Second souffle

Ces  dispositifs s’appuient sur des outils financiers comme le fonds d’investissement pour l’innovation sociale. La BPI dispose de son côté d’une enveloppe de prêts en faveur de l’ESS, ainsi que le Commissariat général à l’investissement. Sans oublier les possibilités offertes par les Scop d’amorçage, qui permettent aux salariés d’être minoritaires au capital pendant sept ans, le temps de trouver les fonds pour devenir majoritaires.

L’ESS connait une nouvelle jeunesse grâce à la tendance actuelle : le développement de nouvelles formes de production, qu’il s’agisse de l’économie collaborative ou des communs, du développement durable et de l’écologie. Des domaines où l’ESS trouve toute sa dimension. Ainsi, la société Enercoop propose aux consommateurs de l’électricité à base d’énergies renouvelables. Des exemples multiples sont mis en valeur sur le site du labo de l’ESS.

Du coup, le modèle coopératif se développe : 277 Scop et sociétés collaboratives ont été créées en France en 2014, selon le rapport de la Confédération générale des Scop.

 

Des cadres séduits

Et ces structures sont plus solides que la moyenne des entreprises : alors que la moitié des entreprises créées survivent après 5 ans, les Scop sont 64% dans ce cas. Et elles créent des emplois : ainsi la Scop Laporte, créée lorsque son fondateur a passé la main en 2000, est passée de 6 salariés à 25 aujourd’hui. Cette entreprise du sud-ouest qui fabrique des meubles de cuisine et salle de bains affiche un chiffre d’affaires de 3,5 millions d’euros et investit chaque année. Car, bien plus que les autres, ces sociétés privilégient le long terme et la bonne gouvernance.

Autant de qualités qui poussent un certain nombre de personnes, notamment des cadres, à se tourner vers cette forme d’entreprises pour donner à leur carrière davantage de sens. Le CNAM, en partenariat avec l’APEC, a mené une étude sur un échantillon de cadres attirés par un tel changement. Et ces cadres trouvent ou retrouvent dans ce secteur une signification et des valeurs de travail.

Travailler dans une entreprise de ce type exige un engagement, mais donne des motivations qui n’existent pas toujours dans d’autres emplois. Et c’est sans prix.

Marie-Laure Cittanova

 

Mis à jour le 27 juin 2022 • Publié le 27 juin 2022

Mis à jour le 31 mars 2022 • Publié le 31 mars 2022