Article

Marché du travail

Et si la croissance ne revenait jamais ?

L’économiste américain Robert Gordon estime que la révolution numérique n’aura jamais d’effets suffisamment forts pour compenser la montée des inégalités ou le vieillissement des populations. Et Paul Krugman a du mal à contredire ce grand pessimiste.

Et si la croissance ne revenait jamais ? Et si la révolution numérique n’était pas comme les précédentes révolutions industrielles, une révolution créatrice d’emplois et de croissance ? Ce n’est pas un théoricien écologiste de la décroissance qui se pose la question, mais Robert Gordon, l’un des économistes les plus connus aux Etats Unis mais peu lu en Europe, surtout en France. Agé de 75 ans il a enseigné au MIT, à Harvard et à Oxford et étudie depuis des années la question des gains de productivité liés aux révolutions industrielles et, il y a deux ans, il avait publié un article assez retentissant où il avait estimé « au doigt mouillé » à 1,8 % par an en moyenne la croissance hypothétique du PIB par habitant dans les prochaines décennies aux Etats Unis. En déduisant successivement les impacts négatifs de tous les freins qui vont se manifester, il aboutissait à une prévision de croissance de 0.2% par an du PIB par habitant dans les prochaines décennies pour les 99% du bas de la hiérarchie des revenus. L’article avait fait du bruit et Robert Gordon avait enchainé les conférences sur la fin de la croissance.

Il vient de publier aux Etats Unis, non encore traduit, une somme de 750 pages qui va faire encore plus de bruit. Paul Krugman l’a longuement commenté dans le New York Times (4), a dit du bien du livre même s’il doute de certaines conclusions, et Julien Damon le recense dans Echos. Robert Gordon prend tout le monde à rebrousse-poil car comme l’écrit Julien Damon « à ses yeux, la révolution numérique ne bouscule pas grand-chose ». En clair la révolution numérique n’est pas une révolution assez forte pour « relancer une croissance anémique ». Robert Gordon qui connait parfaitement l’histoire économique des Etats-Unis et qui a déjà dans d’autres livres longuement analysé les deux précédentes révolutions industrielles estime que la troisième n’aura pas d’effets aussi importants

Il montre qu’elle a un champ plus restreint que les précédentes concernant essentiellement la communication et le divertissement, soit 7 % du PIB et il ne croit pas que la robotique ou l’impression 3D révolutionneront la production de masse comme on le dit. Si le pessimisme de Gordon est fort, Paul Krugman qui, il le dit lui-même, n’a pas d’argument déterminant à opposer à la démonstration se demande quand même si Gordon n’appartient pas à une génération qui a « un peu de mal  à apprécier à leur juste valeurs les promesses des dernières technologies ». Gordon estime en effet que les principaux effets des technologies issues du numérique se sont déjà fait sentir. Mais, il estime également que l’avenir va être terriblement stagnant les américains car l’accroissement des inégalités, la stagnation des niveaux d’éducation et le vieillissement de la population allaient  manger les faibles gains de productivité à venir. Le futur n’est peut-être pas ce que l’on croit.

JPG

Mis à jour le 27 juin 2022 • Publié le 27 juin 2022

Mis à jour le 31 mars 2022 • Publié le 31 mars 2022