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La grande inconnue de l’économie circulaire

Les économistes sont aujourd’hui bien en peine de dire si l’économie circulaire va, ou non, créer des emplois. France Stratégie a synthétisé les doutes sur la question. Ainsi que des recommandations.

L’économie circulaire va créer des emplois, elle va surtout en déplacer beaucoup. Combien ? Nul ne le sait vraiment, les économistes commençant seulement à étudier ce phénomène extrêmement complexe. L’idée générale ? « Economiser les ressources en amont et privilégier celles qui sont les moins émettrices de rejets, réutiliser la matière en aval, d’allonger la durée d’usage des biens et optimiser leur utilisation », expliquent Cécile Jolly et Pierre Douillard dans une note pour France Stratégie.  En gros, l’économie passe d’un modèle économique linéaire à un modèle plus circulaire, et c’est compliqué. D’autant plus compliqué qu’il n’existe à l’heure actuelle aucun instrument de mesure pour évaluer les changements et les progrès à chaque étape. Seul, peut être, le traitement des ordures ménagères commence à être analysé, mais, globalement selon France Stratégie, les efforts non mesurés scientifiquement risquent d’être mal ciblés et leurs bénéfices économiques mal évalués.

Du coup, si l’on commence à voir que l’économie circulaire va « occasionner une réallocation sectorielle d’emploi entre secteurs intensifs en matières et secteurs qui les économisent », on est à peu près incapable d’évaluer le volume d’emploi concerné. Il s’agit en effet d’englober « l’approvisionnement durable, l’éco-conception des produits, les progrès de la productivité matière et de l’efficacité énergétique, l’utilisation d’énergies ou de matériaux renouvelables moins polluants, l’agriculture biologique et l’agroécologie qui préservent davantage les sols, les technologies environnementales qui réduisent les risques de pollution » comme « les biens et services visant à prévenir et à corriger les atteintes à l’environnement ».

Le spectre des éco-activités est immense et il faut y rajouter la réparation ou la location liées à l’économie collaborative et des nouveaux modes de partage issus du numérique… S’y retrouver devient donc de plus en plus problématique pour les économistes. La promesse est belle mais quasi inchiffrable

Cécile Jolly et Pierre Douillard proposent toutefois une estimation. Pour le seul cœur de l’économie circulaire à savoir les éco-activités, la location, la réparation et le réemploi/réutilisation, ils pensent les effectifs de l’économie circulaire peuvent être évalués à près de 800 000 emplois équivalents temps plein (ETP), soit plus de 3 % de l’emploi global. Le quart de ces emplois sont dans la réparation mais la location est le secteur dont les effectifs croissent le plus fortement depuis 2008, notamment dans l’automobile « où l’on assiste à une transformation des modes de déplacement, privilégiant l’usage à la possession ».

Pour l’instant les activités de l’économie circulaire sont plus intensives en travail que les secteurs industriels classiques qui détruisent de l’emploi. Mais cet avantage pourrait n’être que transitoire, les activités de l’économie circulaire allant vraisemblablement connaître des gains de productivité du travail, « ne serait-ce que par la robotisation ou l’automatisation (déjà en cours dans le tri des déchets, voire dans la réparation) ». Le changement de modèle économique, le passage de la possession à l’usage, peut aussi ne pas avoir tous les résultats espérés. La principale inconnue : Le revenu généré par la transformation de l’économie sera-t-il suffisant pour créer de l’activité et de l’emploi ? Cécile Jolly et Pierre Douillard expliquent qu’un service plutôt qu’un bien se paie plus cher aujourd’hui, car c’est une prestation de plus grande qualité qu’un bien standardisé. Cela nécessite une hausse du revenu disponible des ménages. Si les agents économiques accroissent leurs revenus en vendant d’occasion ou en partageant leurs biens mais que leur travail est plus précaire, moins protégé socialement et au final moins rémunéré, le gain sera nul et ne permettra pas de vendre des prestations de meilleure qualité ».

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Mis à jour le 27 juin 2022 • Publié le 27 juin 2022

Mis à jour le 31 mars 2022 • Publié le 31 mars 2022