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Un emploi, ça peut avoir trois roues

Coursier écolo. C’est le nouveau métier que va financer l’ADIE dans les villes de plus de 35 000 habitants pour les exclus du marché du travail. Seule compétence requise, la motivation. 

Un emploi, ça peut avoir trois roues

Coursier écolo. C’est le nouveau métier que va financer l’ADIE dans les villes de plus de 35 000 habitants pour les exclus du marché du travail. Seule compétence requise, la motivation

Le touk touk a généralement trois roues. Le cyclopolitain aussi. A Paris, tourisme aidant, les deux se développent. Du coup l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Economique) a eu l’idée simple de les transformer en véhicule pour le retour à l’emploi en montant un système de microfranchise associé à un microcrédit pour les exclus du marché du travail. Un cyclopolitain, c’est écologique, passe partout et costaud puisque cela transporte 600 kilos avec son assistance électrique. Un cyclopolitain ne nécessite aucun permis et aucune formation, n’importe qui peut pédaler et transporter des marchandises, deux passagers ou se transformer en véhicule publicitaire. Les grandes idées étant toujours des idées simples, celle-là ; labellisée « Mon coursier de quartier », pourrait aller loin.

L’Adie espère en tout cas créer entre 3 000 et 5 000 emplois sur les dix prochaines années. L’investissement n’est pas considérable (7590 € pour le plus courant) et il faut tout compris, moins de 10 000 € pour se lancer, y compris l’abonnement de 40€ mensuels à « Mon coursier de quartier ». Bien entendu l’Adie a les microfinancements nécessaires pour aider au démarrage et son financement, toute type d’aides confondus, peut aller jusqu’à ces 10 000 €. Et pour que le système fonctionne l’Adie a passé un accord avec le constructeur Cyclopolitain. Elles ont décidé de déployer le système dans toutes les villes de plus de 35 000 habitants (en dessous de ce seuil la rentabilité n’est pas franchement assurée) et de mettre en place un réseau de 500 coursiers.  Chaque microfranchisé qui intègre le réseau, accède ainsi à un business model validé et il peut dès les premiers mois, s’il est motivé, avoir un revenu supérieur au SMIC.

L’idée risque d’autant plus de plaire que toutes les villes sont en train de chercher des solutions à la fameuse question du dernier kilomètre : la partie du trajet des marchandises commandées sur internet ou dans les magasins qui amène chez le particulier. Ce type de services explose dans les grandes villes, mais ajouté à la livraison dans les magasins, il est devenu une source de pollution majeure. Pour Catherine Barbaroux, Présidente de l’Adie,  on est avec «Mon Coursier de Quartier », dans une solution « à la fois accessible, innovante et écologique » destinée « aux personnes à l’écart du marché de l’emploi et ayant envie d’entreprendre ».  La seule condition est d’avoir un bon relationnel et d’aimer le contact. Teigneux s’abstenir.

Un nouvel horizon, pour cet homme de 51 ans qui a enchaîné les petits boulots depuis la fermeture de son magasin de photos, en 2009. « Mes difficultés ont commencé avec l’émergence de la photo numérique, mais j’ai aussi été victime d’un grave accident de VTT en 2008, qui m’a immobilisé pendant un an », raconte-il.

Un système de microfranchise bénéfique pour tout le monde

Lionel croit au développement de ce type de transport, à Pau. D’autant que l’investissement est raisonnable : « 8 000 € pour le triporteur, que j’ai acheté en partie en leasing avec l’aide de l’Adie, plus 40 € par mois de droits pour Cyclopolitain » explique-t-il.

Ce système de microfranchise est bénéfique pour tout le monde. Cyclopolitain peut accélérer son développement, alors que le marché des déplacements « doux » est en pleine expansion : Paris ne compte que 200 de ces triporteurs électriques, contre 2000 à Londres et 1 500 à New York.

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L’Adie, elle, élargit ainsi les perspectives qu’elle peut proposer aux personnes éloignées de l’emploi qui la sollicite. « Beaucoup viennent avec l’envie de créer une entreprise, mais elles n’ont pas toujours la bonne idée, avec un modèle économique suffisamment solide, précise sa présidente, Catherine Barbaroux. Avec le système de la microfranchise, nous disposons d’un système d’entreprise éprouvé, qui a été testé ailleurs. Cela nous permet de répondre aux demandes d’une population nouvelle. »

Une activité à développer « clé en main »

Quant au créateur d’emploi, il se trouve avec à une activité à développer « clé en main ». Il a accès à une formation, dispensée par le franchiseur, une zone d’exclusivité commerciale, ainsi qu’à une série de services communs : centrale d’achat, supports commerciaux, outils de communication…

« Avant de lancer les premiers microfranchisés, l’Adie a testé le modèle économique pendant neuf mois, à Lyon. Nous savons maintenant comment rendre l’activité rentable pour un créateur », souligne Catherine Barbaroux.

Le modèle économique repose sur trois piliers : la livraison de colis de proximité, le transport de personnes – notamment de personnes âgées, le Cyclopolitain étant très confortable – et la publicité puisque le vélo peut servir de support à des opérations de communication.

Cyclopolitain, troisième réseau de microfranchise

La prise en charge a été fixée à deux euros, plus deux euros par kilomètre parcouru. Les villes ciblées par l’Adie sont de taille moyenne, avec un franchisé pour environ 40 000 habitants.

Cyclopolitain est le troisième réseau de microfranchise développé par l’Adie depuis 2009, après le service de « chauffeur sans voiture » créé avec la coopérative Chauffeur & Go et un service de jardinage développé avec l’entreprise de services à la personne O2.

Si les deux premiers ont démarré doucement (environ 150 microfranchisés installés au total), l’Adie estime que ce système porte un potentiel de création d’emplois très important. Signe de cette efficacité, « les revenus dégagés par les microfranchisés sont supérieurs à ceux des autres créateurs d’emplois que nous accompagnons », précise Catherine Barbaroux.

Entre 3 000 et 5 000 emplois en dix ans

Reçu par le président de la République qui s’est intéressé au système de la microfranchise solidaire dans le cadre du programme « La France s’engage », l’Adie espère créer ainsi entre 3 000 et 5 000 emplois en dix ans.

L’association est déjà en discussion avec d’autres enseignes, dans le domaine de la restauration rapide ainsi qu’avec un service de repassage-retouche.

À son échelle, Lionel Henry, lui aussi voit grand. « À moyen terme, j’aimerais avoir un second Cyclopolitain à Pau, souligne-t-il, puis aller développer l’activité à Tarbes. »

Séverin Husson

Mis à jour le 27 juin 2022 • Publié le 27 juin 2022

Mis à jour le 31 mars 2022 • Publié le 31 mars 2022